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Entretien avec Maya Boutaghou. Femme de lettres: « La littérature algérienne est très active ! »

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Docteur en littérature comparée, Maya Boutaghou est assistant professeur dans le département français à l’université de Virginie (USA). Elle est auteure d’un essai sorti en 2016 en France, intitulé « Occidentalismes, Romans Historiques Postcoloniaux Et Identités Nationales Au XIXe Siècle » et d’un roman sorti en Algérie en 2019, intitulé «  Le voyage d’Alger ».

Elle a également à son actif de nombreux articles  sur le monde arabe et la francophonie traitant notamment de certains aspects transculturels en contexte postcolonial. Dans cet entretien, elle nous parle à cœur ouvert de son dernier ouvrage et de certaines questions liées au féminisme.

 

L’Express DZ : Dans votre roman « Le voyage d’Alger », paru récemment en Algérie, Lamia Mohend, le personnage principal  porte un regard  nostalgique et critique sur  l’Alger du début des années deux mille. Comment trouvez-vous présentement  la ville d’Alger ?

Étonnamment, je trouve que la ville évolue dans la direction décrite par le roman, elle est active et rencontre les défis de toutes les capitales du monde. Ma grande inquiétude est en rapport avec l’environnement. Alger est une ville où il est difficile de circuler et même si les transports en commun sont présents, je pense que ce n’est pas suffisant ; il faudrait pouvoir réduire la circulation automobile ; je ne dis pas cela légèrement, la pollution atmosphérique est très perceptible à Alger ; je pense aux enfants et aux personnes âgées pour lesquelles c’est difficile surtout l’été. Ces problèmes ont des répercussions négatives sur tous les plans (économiques, sanitaires, écologiques, etc.). Il y a d’autres défis, mais comme tous les Algériens, j’attends la suite de notre révolution.

Votre roman qui relate l’histoire d’une étudiante qui revient au pays au début des années Bouteflika, a des allures d’une autobiographie tellement le récit parait réaliste.  Y a-t-il beaucoup d’épisodes de votre vie que vous avez insérés dans ce roman ?

L’expérience des lieux, comme celle de la lumière dans la ville, est réelle ; toutes les émotions sont réalistes, mais elles ne sont pas véridiques, c’est une fiction, et en fait les éléments autobiographiques se combinent en permanence à des éléments de fiction ; les descriptions sont réalistes bien entendu, les dialogues également, mais il y a une différence entre une représentation « hyperréaliste » comme dans la peinture d’Edward Hopper (ce qui est l’ambition de ce texte) et des événements autobiographiques ; il est difficile de séparer le vécu de son expression, mais dans le cadre de ce roman, les personnages sont composés, entre réalité et fiction.

Dans votre roman, la femme est omniprésente : elle est étudiante, employée, émancipée, fêtarde… est-ce une façon de   mettre l’accent sur votre féminisme ?

J’ai beaucoup réfléchi à cette question ; j’ai envie de vous répondre, est-ce que vous la poseriez à un homme écrivain ? La principale qualité de Lamia est une liberté assumée, douloureuse mais totalement assumée. Il y a une dimension idéologique au féminisme qui n’est pas exactement ce que vit Lamia. Il y a des moments très ponctuels où Lamia est libre tout en étant féministe, d’autres moments où elle a peur et se cache, par exemple au début quand elle essaie de contacter Sofien, elle hésite, elle est pleine d’une pudeur féminine ; il y a des passages qui pourraient faire bondir mes ami(e)s féministes. Il est encore important d’être féministe, mais cela ne doit pas se confondre avec la liberté responsable de nombreuses femmes.

Puisqu’on parle de féminisme, quel regard portez-vous sur la littérature féminine algérienne de ces dernières années ?

Parmi les auteurs que j’admire, il y des auteurs femmes ; je trouve la littérature algérienne en général très active, audacieuse et présente dans le monde francophone ; la littérature féminine également, du moins dans le monde de l’enseignement de la littérature postcoloniale et francophone ; je mets du temps à adopter des textes et s’il faut citer des noms, je me contenterai de celui de Maïssa Bey, Kaouther Adimi, Faiza Guène, Nadia Sebkhi et d’autres que je ne cite pas ici, mais qui oriente le monde littéraire. Je travaille beaucoup sur des auteurs comme Assia Djebar, Maïssa Bey ou encore Ahlem Mosteghanemi ; je trouve dommage que les auteurs francophones, arabophones, berbérophones ne se croisent pas assez ; je pense que c’est un travail qui doit être encouragé par la critique.

Vous allez dédicacer, ce samedi à Alger votre roman à la librairie Kalimat-Les mots, que vous inspire cette première rencontre avec le public ?

Lorsque j’ai décidé de publier mon texte, la raison principale était de rencontrer des lecteurs et de parler de littérature ; j’espère que c’est ce qui va se produire ; partager le bonheur de la lecture ; c’est un privilège de pouvoir vivre cette expérience unique, celle du don du lecteur, j’en suis émue.

Je vous laisse conclure…

Publier un roman est une aventure humaine, pour reprendre une discussion avec Madani Guermouche, mon éditeur. Elle est le résultat de la rencontre entre un texte et un lecteur, qui est d’abord l’éditeur ; j’aimerais pour conclure remercier pour leur confiance toutes celles et ceux qui liront Voyage d’Alger.

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