Entretien avec Hacène Ait Braham, Ecrivain : « L’évolution du monde nous oblige à retrousser les manches »

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Né en 1964 à Akbou, Hacène Ait Braham est auteur de cinq ouvrages dont notamment, « Vœux et amours » (2014) et « Rançon de l’existence » (2018) sortis en France. Il vient de signer aux éditions Aframed, un nouveau ouvrage sur le Hirak algérien intitulé « 16 février le sursaut de la dignité » où il retrace la chronologie des événements marquant ayant précédé et suivi la naissance de ce mouvement pacifique inédit dans l’histoire du Pays. A cette occasion, il se confie aux lecteurs de l’Express DZ

L’express DZ : Votre ouvrage sur le Hirak « 16 février le sursaut de la dignité » sera sur les étals sous peu, pourquoi avoir choisi la date du 16  au lieu du 22 qui est le véritable départ national du mouvement ?

Hacène Ait Braham : Le choix de la date du 16 février renvoie à la flamme partie de KHERRATA, qui a conquis les esprits et qui a gagner par la suite du terrain. Donc, je pense que c’est une expression adéquate et une attitude sincère de celui qui dit ce qu’il sait et qui parle avec conviction pour permettre à l’aimable lectorat et peut être, aux générations futures de connaître le passé, de comprendre le présent et d’envisager l’avenir.

Dans votre essai vous avez retracé les principaux évènements ayant précédé et suivi le déclenchement de la révolution du sourire, pour résumer quels sont les principaux éléments déclencheurs de ce mouvement et ceux qui l’ont suivi immédiatement ?

Pour être succinct, les principaux évènements ayant précédé et suivi le déclenchement de la révolution non violente sont de l’ordre continuel depuis l’effondrement des attentes  escomptées juste au recouvrement de la souveraineté nationale en 1962. Subséquemment au règne absolu sous couvert de la légitimité révolutionnaire, la notion de démocratie est devenue l’alpha et l’oméga de la réflexion des générations montantes sur le vécu compromettant des systèmes politiques, économiques et notamment sociaux dont elles aspirent et préconisent une alternative démocratique de remplacement. De par la propre remise en cause, le chapelet des contestations et le rétro-agissement sans cesse sur ses fondements normatifs, l’accompagnent implicitement et explicitement, à l’exemple des partis de l’opposition interdits d’activité, de l’eternel mouvement Amazigh, de la lancée dans la création d’un bloc des droits de l’homme, des événements de 1988 et hélas ! Le  pouvoir ingrat a méprisé le peuple par le 4ème et 5ème mandat. Ensuite, l’unification des rangs à travers toutes les régions et même au niveau de la diaspora à l’étranger a montré sa capacité de relever les défis en rejetant toutes formes d’imposition d’un modèle obsolète de gouvernance. Bien sûr, grâce à la nouvelle donne des réseaux sociaux d’information qui jouent un rôle très important dans la communication, l’ensemble de la population masculine et féminine y accède.

 Contrairement  au 05 octobre 1988, le mouvement du 22 février s’est distingué par son caractère pacifique.  Il n y a eu ni émeutes, ni casses, ni vols… qu’est-ce qui explique selon vous, le calme olympien de ce mouvement unique dans les annales du pays qui a fait sortir dans les rues des millions de manifestants ? 

Exactement, le calme olympien de ce mouvement unique dans les annales du pays qui a fait sortir dans les rues des millions de manifestants serait un processus ayant mené au développement complet de la maturation des générations avant et post-décennie sanglante. La faculté à braver les menaces et les ultimatums dans la sérénité s’est renforcée au fil des années ,en tirant des leçons des mouvements  revendicatifs prédécesseurs des libertés, des droits de l’homme, de l’alternance et la séparation des pouvoirs dans les nations évoluées et en voie de développement. 

A cela s’ajoutent les enseignements acquis suite aux éliminations des personnalités historiques de l’opposition et aux emprisonnements des démocrates, des islamistes et socialistes trotskistes ensemble durant les années 1980, sous le règne autoritaire du parti unique

Les avocats, les juges, les étudiants, les syndicats autonomes, les policiers…ont été d’un grand apport à la réussite et à la pérennité de ce mouvement. Beaucoup pensent que sans eux, le mouvement se serait ratatiné au bout de quelques semaines. Votre avis

Evidemment, toutes les corporations et toutes les composantes des strates sociales sont d’un apport considérable pour briser le mur du silence et de la peur en vue d’une pérennité dans les actions du mouvement dénommé le « Hirak », toujours dans le pacifisme. La soif d’une vie décente qui laisse à désirer, en corrélation avec les ressources de la nation et des recettes engrangées aiguise la quasi-totalité de la population consciente à se questionner sur l’oligarchie naît récemment dans circonstances douteuses et singulièrement la noyade dans le fléau de la corruption, du  passe-droit et de la déprédation des biens publics.

 Jusqu’à présent, des  revendications soulevées par le Hirak , quelles sont celles qui ont été concrétisées ? 

  Incontestablement, il ya eu beaucoup d’acquis, je cite entre autre, l’annulation de 5ème mandat, le report des élections présidentielles anticipées du mois de juillet 2019, le holà au scrutin du 12 décembre de la même année, et  l’abstention très élevée de l’électorat à cette échéance

Plus d’une année et demie après son déclenchement, très peu d’ouvrages ont été consacrés au Hirak malgré qu’il soit un mouvement inédit dans l’histoire de l’Algérie,  comment expliquez-vous  ceci ?

L’arrivée brusque de la pandémie du COVID 19 a perpétué une crise sanitaire dont le rempart du confinement provoque jusqu’à présent une inertie dans différents secteurs à l’instar de celui de l’édition et la publication. Une preuve palpable c’est l’ajournement du SILA. Peut être, avec la rentrée sociale, le cours des activités reprendra progressivement et permettra aux auteurs et aux entreprises d’éditions de se remettre au travail. 

Je vous laisse conclure
Le monde a atteint des niveaux record dans tous les domaines de la vie qui nous oblige à nous  mettre au diapason et de retrousser nos manches avant qu’il soit trop tard. La mondialisation serait un phénomène planétaire inéluctable qui engendrera une forme nouvelle d’un système de domination économique pour le pays dépendant de l’importation de la totalité des besoins en céréales et en matières premières servant à l’industrie de transformation largement implantée. Meilleurs vœux à tout le lectorat qui célébrera la journée commémorative du déclenchement de la révolution du 1er novembre 54.

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