Alger | 23 Mai 2018

Condor coupe du monde

Francis Perrin, Directeur de recherche à l’IRIS (Paris): Les menaces de baisse des cours du baril de pétrole n’ont pas disparu

Fella Midjek Le


Les prix du baril de pétrole oscillent entre 60 et 70 dollars depuis la mi-janvier dernier mais « les menaces de baisse n’ont pas disparu », estime Francis Perrin, Directeur de recherche à l'IRIS (Paris) et Chercheur associé à l'OCP Policy Center (Rabat), dans cette interview exclusive accordée à l’Express DZ.

Propos recueillis par Fella Midjek

Par quoi s’explique cette hausse des cours du baril de pétrole ?

Le vendredi 9 mars (clôture de la bourse), le prix du pétrole Brent de la mer du Nord a progressé pour clôturer à 65,50 dollars par baril. Ce rebond de près de 1,90 dollars au cours de la journée s'explique principalement par des facteurs économiques et monétaires, notamment un accès de faiblesse du dollar (et on sait qu'il existe souvent une relation inverse entre les évolutions du cours du dollar et du prix de l'or noir) et la hausse de Wall Street.

Est-ce que la tendance va se poursuivre ou y aura un recul des cours?

Francis Perrin : En matière de prix du pétrole, il n'y a pas de boule de cristal. Nous avons à la fois des facteurs haussiers sur le marché pétrolier mondial, tels que l'augmentation de la consommation mondiale et la réduction de la production de l'OPEP et de dix pays non-OPEP jusqu'à la fin 2018, et baissiers. Le principal d'entre eux est la poursuite de l'accroissement de la production pétrolière des Etats-Unis qui a augmenté en 2017 et va augmenter en 2018 et, très probablement, dans les prochaines années. Il est possible que ces facteurs s'équilibrent et que les cours du brut oscillent cette année entre $60 et $70 par baril.

Quel impact sur l'Algérie et les pays de l'Opep mais aussi sur le marché international ?

Francis Perrin : Si les prix se stabilisaient entre 60 et 70 dollar le baril, ce ne serait pas si mal pour les 14 pays membres de l'OPEP, dont l'Algérie, après l'effondrement des cours du brut entre l'été 2014 et le début 2016. Ce ne sont bien sûr pas des niveaux très élevés si on les compare aux plus de $100-110/b entre 2011 et la fin du premier semestre 2014 mais il faut être réaliste. Des prix élevés pousseraient encore davantage la production américaine à la hausse, ce qui n'est pas dans l'intérêt de l'OPEP et de ses alliés. Dans ce domaine comme dans d'autres, il faut savoir se hâter lentement.

Est- ce que l'Opep et les pays non Opep vont poursuivre au-delà de l'échéance fixée leur gel de production de brut?

Francis Perrin : C'est une grande question. Je le leur conseille en tout cas car il me semble que la fin de ces réductions de production serait négative pour les pays producteurs et serait sanctionnée par les marchés sous la forme d'une baisse, voire d'une chute, des prix. Ces réductions ne pourront pas être éternelles, bien sûr, mais il est trop tôt pour changer de stratégie alors que celle conduite par l'OPEP depuis la fin 2016-début 2017 a produit des résultats incontestables et que les menaces de baisse n'ont pas disparu. Mais ce ne sera pas une partie facile. 14 pays OPEP et 10 pays non-OPEP sont concernés même si deux Etats membres de l'OPEP, le Nigeria et la Libye, ont un régime de faveur pour des raisons bien compréhensibles.

Quels sont les pays qui ne respectent pas leurs engagements?

Francis Perrin : Au sein de l'OPEP, quelques pays n'étaient pas dans les clous mais les choses se sont bien améliorées. Le principal problème, c'est l'Irak car ce pays est au-dessus de son quota et c'est le second producteur au sein de l'organisation après l'Arabie Saoudite. L'Irak produit en effet 4,5 millions de barils par jour. Parmi les pays non-OPEP, c'est le Kazakhstan qui respecte le moins bien son quota. Dans l'ensemble, c'est presque parfait pour l'OPEP et moins bon, mais bon quand même, pour les dix pays non-OPEP.

A qui profite réellement la hausse des cours du pétrole?

Francis Perrin : A tous ceux qui vendent du pétrole (et du gaz naturel). Cela inclut les pays exportateurs OPEP et non-OPEP, leurs sociétés pétrolières nationales et les compagnies pétrolières privées. Le bénéfice net d'ExxonMobil est ainsi passé de 7,8 milliards de dollars en 2016 à 19,7 milliards de dollars en 2017, soit une hausse de 151%.


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