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Une centaine de  journalistes et professionnels de l’information assassinés de 1993 à 1997, plusieurs journalistes emprisonnés pour leurs écrits, plusieurs publications suspendues temporairement ou définitivement…le monde de la presse en Algérie a payé un lourd tribut pour la liberté d’expression et a vécu des épisodes d’injustices ineffaçables depuis l’ouverture du champ médiatique initié par Mouloud Hamrouche.

Hier seulement, sous l’ère de Bouteflika, le journaliste et blogueur Mohamed Talmat est décédé en prison pour ses opinions alors que l’article 50 de la constitution garantit la liberté de la presse et précise que le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté.

 C’est un fait indéniable, la presse libre, en dépit de toutes les entraves, a été au-devant de tous les combats justes en Algérie  et a permis la divulgation des violations et des violences   politiques, judiciaires et économiques de l’ancien système.

La révolution du 22 février 2019 a permis d’ouvrir un large débat sur la liberté de la presse, la publicité étatique, la professionnalisation et la déontologie du métier de journaliste… Tout le monde est  d’accord  sur le fait que  la profession doit s’exercer dans le respect de la loi.

Mais l’emprisonnement de journalistes couvrant des manifestations du Hirak , la censure des sites d’informations, la pression exercée sur le journaliste  vont à contre sens des discours des pouvoirs publics qui assurent œuvrer pourtant  à créer toutes les conditions nécessaires  pour une presse libre, responsable  et indépendante du monopole des hommes au pouvoir.

Personne  ne défend les auteurs de diffamations, les auteurs de fausses informations, et encore moins tous ces intrus sans état âme qui ont phagocyté notre noble métier,  mais donner des informations vraies aux citoyens même si cela ne plait pas aux  pouvoirs publics est un devoir que chaque journaliste doit remplir. La responsabilité, c’est de ne pas diffamer, de ne pas travestir la vérité, mais c’est aussi  d’informer au mieux, au vrai loin de toute surenchère.

La place d’un journaliste qui fait son travail consciencieusement n’est pas derrière les barreaux mais derrière son écran pour continuer  à exercer sereinement son travail loin de toute pression. La loi doit primer sur toute autre considération. Certes, les délits de presse existent, mais ils doivent être traités dans le cadre de la loi sur l’information pas sur la base du code pénal.

Le droit à l’information ainsi que la liberté d’expression et de critique constituent des droits fondamentaux et des conditions essentielles à une société démocratique. Les journalistes ont le droit et le devoir d’informer le public des sujets d’intérêt général. Celui-ci ne se confond pas avec la curiosité du public qui ne dispose pas d’un droit absolu à tout savoir. Les journalistes ne disposent pas d’un droit absolu à tout divulguer. Le droit du public à connaître ces sujets détermine la liberté et la responsabilité journalistiques.

Le journaliste ne devrait jamais être un fonctionnaire au service d’une quelconque partie aussi puissante soit-elle.

Aujourd’hui plus que jamais, la presse Algérienne, vouée aux gémonies, a besoin d’un conseil d’éthique et de déontologie constitué des professionnels des médias mais pas de bourreaux qui guettent le moindre faux pas pour couper des têtes.

Monsieur le président le pays n’a pas besoin de « mercenaires » dans les médias » pour servir le puissant du moment. Tout le monde sait, y compris les hommes du pouvoir à tous les niveaux de responsabilité, que les mêmes médias (publics et privés) qui avaient soutenu avec zèle le clan Bouteflika dans sa campagne de destruction des fondements de l’Algérie sont aujourd’hui  en première ligne pour proposer leur service au plus offrant.

L’Algérie a besoin d’une presse libre et responsable. Cela ne peut se faire sans les journalistes qui ont consacré leur vie à ce métier en défendant le pays sans rien attendre en contrepartie.

Monsieur le président vous avez une occasion historique de contribuer à l’émergence d’une presse  dont les  professionnels défendent dans leur activité une pleine liberté d’investigation, d’information, de commentaire, d’opinion, de critique, d’humeur, de satire et de choix éditoriaux.

Une presse, dont les journalistes ne se comportent pas en auxiliaires d’une quelconque partie et qui sera soumise à  des droits et des devoirs, des libertés et des responsabilités.

Zahir Mehdaoui Journaliste et syndicaliste