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Entretien : Ali Ghediri nous dit tout sur ses intentions s’il est élu président de la république

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Avant de commencer l’entretien dois-je vous appeler mon général, monsieur Ali Ghediri ou monsieur le président vous qui venez de dire que vous allez gagner cette élection ?

Ali Ghediri : L’un et l’autre je m’en accommode. Sans problème.  Je ne me renie pas et je ne renie pas ce que j’ai dit…

Entrons maintenant dans le vif du sujet. A quelques semaines du scrutin, est-ce que vous semblez partagé, voire circonspect ou au contraire toujours tenace ?

A G : Je suis de nature tenace…

Avez-vous peur de Bouteflika maintenant qu’il est quasiment acquis qu’il va briguer un 5eme mandat ? En 1999 et 2004 avez-vous voté pour lui ? Avez-vous subi des pressions pour vous retirer de la course et les subissez-vous encore ?

A G : Je l’avais annoncé dès le début. La présentation ou la non-présentation aux élections présidentielles de 2019 du candidat Bouteflika ne constituait pas un problème pour moi. S’il fallait une preuve c’est que le lendemain de la signature du décret présidentiel j’ai annoncé ma candidature. Donc pour moi ça n’a jamais été un point de fixation. Je n’ai subis aucune pression pour me retirer de la course et qu’elle soit la pression et le prix à payer je ne me retirerai pas….

En 1999 et 2004 avez-vous voté pour lui ? Avez-vous subi des pressions pour vous retirer de la course et les subissez-vous encore ?

Non je n ai pas voté pour lui. Et je n’ai subit aucune pression pour me retirer de la course. Qu’elle soit la pression et le prix à payer je ne me retirerai pas….

Vous n’êtes pas un politique au sens noble du terme mais un militaire qui se distingue par sa discipline et sa rigueur. Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans une aventure aussi périlleuse ? Avez-vous mesuré les risques ?

A G : Vous avez dit au sens noble du terme. Je suis foncièrement noble dans l’âme. Si je me suis engagé dans ce combat c’est que j’ai scruté tous les aspects.

Est-ce que vous avez une chance de gagner devant Bouteflika qui dispose de tous les pouvoirs entre les mains?

A G: La question à poser est est-ce qu’ils ont,  eux une chance devant moi… Je n’engage pas de bataille en envisageant l’échec. J’envisage la réussite… Y compris celui de prendre les risques…On ne s’engage pas dans un combat sans évaluer les risques…

Vous avez appelé à l’instauration de la II république. Qu’est-ce qui vous distingue des autres comme le FFS ou le PT ou encore le général Yala eux aussi ont appelé à passer à la seconde république ? Ne pensez-vous pas cette revendication, certes légitime et à propos soit mal comprise par les citoyens, eux qui ne demandent qu’à avoir du pain…

Le pain il y ‘en a assez pour tout le monde. Les jeunes qui prennent les barques ne crèvent pas de faim. Le peuple demande autre chose. De la considération et de la dignité. Et je pense que le pain à lui seul n’est pas déterminant dans la vie d’un peuple. Leur demande est légitime en ce sens que l’Etat social se doit d’assurer à tout lemonde un minimum de vie décent requis. Tout ce que fait l’Etat aux profits des citoyens n’est pas une «mziya» de leur part. Ça été un principe consacré dans la déclaration du 1er novembre 54 qui est le socle de notre nation. Or on instrumentalise tout ça à des fins purement politiciennes notamment électoralistes. On donne un logement c’est le Président de la république. Le prêt bancaire c’est le Président de la république. Ça ne doit pas être le fait d’un Président mais d’un principe consacré par la déclaration du 1er novembre.

En cas de victoire quelle sera la première mesure urgente que vous allez prendre. Allez-vous dissoudre l’APN et faire appel aux partis de l’opposition pour gouverner le pays ?

A G : La première mesure sera de mettre en œuvre une nouvelle constitution.

Vous voulez dire une constituante….

A G : On verra. La forme importe peu. Mais dans le fond ce sera une nouvelle constitution en rapport avec les idées qui m’ont porté en tant que candidat. Quelle sera la nature de la révision de cette constitution ? Ce n’est pas à moi de changer la constitution. Elle le sera à travers la consultation du peuple. Elle sera soumise à l’ensemble du peuple algérien à travers un débat de fond pour que le peuple puisse choisir son projet de société et les institutions qui vont gouverner le pays.

Un référendum en quelque sorte !

A G : Oui… Ce sera un référendum. Les grandes décisions ne seront prises qu’après consultations du peuple.

Vous préférez un régime parlementaire ou un régime présidentiel ?

Ce sera un système choisi par la majorité du peuple ? Le pouvoir actuel est extrêmement et dangereusement présidentiel. Je suis pour un partage du pouvoir entre l’Exécutif, le législatif le judiciaire et une autonomie du pouvoir judiciaire. Le président de la cour constitutionnelle ne soit le président de la république. Il ne doit être élu que par ses pairs. Ce sont des détails techniques….On verra comment ce sera à travers un modus operandi…. Par la suite on verra ce qu’on pourra faire…

Que pensez-vous de la proposition du président Bouteflika qui veut enclencher un dialogue inclusif avec l’opposition s’il est élu ?
Croyez-vous à cette idée ?

A G : J’aurai bien aimé le croire ou y croire. Mais c’est difficile de me convaincre. Il est là depuis vingt ans avec 1000 milliards de dollars, une embellie financière que l’Algérie n’a jamais connue peut-être qu’elle ne connaîtra jamais, des conditions climatiques favorables en plus d’un environnement géopolitique des plus favorables et uneattente populaire extraordinaire, Il n’a rien fait pendant vingt ans de tout ça. Il a changé quatre fois la constitution. Pourquoi dois-je croire ou penser qu’il pourrait le faire dans les cinq ans à venir
avec des conditions autrement plus défavorables et avec les mêmes têtes. Ceux-là même qu’on a vu dernièrement à la Coupole qui l’ont accompagné depuis 1999 à ce jour et qui ont mené l’Algérie ou elle est… Moi je n’y crois pas.

On a commencé à vous attaquer soit par l’intermédiaire des hommes proches du pouvoir mais aussi par des partis de l’opposition. Un parti ne veut pas croire à la rupture que vous prônez tandis qu’un autre ne vous a pas loupé en disant de vous que vous êtes un inconnu au bataillon, sans jeu de mots, tout ceci parce que vous avez dit quecette opposition est passive, voir complice de la situation actuelle du pays… Qu’ils disent ce que bon leur semble. Je ne suis pas naïf au point de croire au moment où je m’étais engagé dans cette course que j’allais recevoir uniquement des roses. J’ai des convictions très fortes. Parfois je m’exprime crûment. Et lorsque j’ai dit que l’opposition a été quelque peu passive ce n’est pas une critique comme certains ont pris la chose mais un constat.

En matière économique on ne vous pas trop entendu parler…

A G : Parce qu’on n’est pas encore dans la phase-programme. Le moment venu je parlerai de l’économie, prise en charge sociale, de santé, etc…

Pourtant vous avez évoqué tout à l’heure les grandes lignes de votre programme économique

Oui les grandes lignes je vais vous dire pourquoi je ne m’attarde pas beaucoup sur cet aspect. Je préfère le laisser à plus tard car je considère que le problème prioritaire est politique, voire un problème institutionnel. On réglera d’abord le problème politique. Un pays avec un potentiel économique que celui de l’Algérie pour peu qu’il règleles fondamentaux politiques n’a pas trop à se soucier des ressources financières. Le potentiel économique et les richesses du pays lui permettent de les obtenir. Lorsque je vois la Principauté de Monaco, un petit pays en Europe devenir celui qu’il est aujourd’hui je dis que l’Algérie avec 2, 3 millions de km2 et avec toutes ses richesses naturelles, sa jeunesse ainsi que sa diaspora dont on n’a pas tiré le strict minimum je dis que le problème est fondamentalement politique. Vous savez bien Monsieur Ghediri que le Vieux rocher est devenu ce qu’il est aujourd’hui à travers blanchiment d’argent, des banques offshores  etc… Non ! Je dis que nous avons de l’intelligence. Notre potentiel est énorme sur tous les plans, l’étendue du territoire, le potentiel humain et le sous-sol. Il faut mettre en place une base industrielle et permettre aux gens de travailler la terre rajouter à la production la dimension de connaissance qu’il faut pour dégager une plus-value on pourra devenir une petite puissance régionale avec qui les gens apprendront à compter.

Vous êtes pour un partenariat public-privé ?

Cette dichotomie n’existe pas dans ma tête. Ils sont sur le même pied d’égalité. L’état doit se désengager de l’entreprise pour lui permettre de fonctionner selon les règles universelles de la compétitivité et de productivité.

Revenons à la politique en matière de Défense nationale. L’Algérie comme vous les savez a adopté une politique de non-ingérence dans les affaires des pays. Est-ce que vous allez continuer dans ce sens…

On ne peut pas rester insensibles ou inactifs face aux problèmes qui touchent à notre sécurité et a notre environnement sécuritaire. La manière d’agir n’est pas forcement militaire. Lorsqu’on est puissants on doit l’être aussi bien politiquement, économiquement et militairement aussi. On a tendance à croire que la puissance se réduit uniquement au nombre d’avions et de canons. Le nombre d’avions et de canons et une composante de la puissance d’un Etat mais pas la totalité.

Votre programme ne comporte pas le sujet lié à la lutte contre le terrorisme. Etes-vous pour son éradication totale ou pour la politique de réconciliation nationale telle que mise en œuvre actuellement ? Quelle sera la place de l’islamisme politique en Algérie ?

A G : Cette question de l’islam en Algérie si je vous répondrai que je vais placer l’islam en haut ou en bas je vais donner du crédit a ceux qui n’ont pas une idée de la nation algérienne. L’islam, l’arabité ou l’amazighité sont les trois piliers de la Nation. L’islam ne peut pas appartenir à un groupe au même titre que la langue arabe ou l’amazighité. Ces trois fondamentaux ne doivent pas être instrumentalises pour en faire un élément de division. Au contraire c’est ce qui nous unit.

En ce qui concerne le terrorisme je pense que c’est une forme de violence. Vous croyez qu’on va leur jeter des roses. Là ou il faut de la fermeté on sera fermes. Pour ceux qui veulent le repentir on leur dira soyez les bienvenus. Oui je suis pour la réconciliation nationale dans son sens le plus large. Il est temps que les Algériens apprennent à s’aimer et à avoir des relations autres que celles empreintes de haine qui caractérisent nos relations actuelles.

Vous étiez un haut gradé de l’ANP, pensez-vous que l’Armée national a besoin d’une réforme profonde et de quelle nature le seront-elles? Idem pour les services de renseignements. Quel est votre point de vue ? Etes-vous pour la nomination d’un civil à la tête du ministère de la Défense nationale ? Des médias vous reprochant d’avoir échoué dans votre mission la tête du corps de la marine. Que répondez-vous ?

AG : Le moment venu je dévoilerai mon programme et je parlerai de l’Armée. Vous n’êtes pas sans savoir que je suis très bien placé pour trouver les bonnes solutions aux problèmes si problèmes il y a. Bien sûr oui je suis pour le principe de reformer l’ANP. Mais je ne fais pas un cas exceptionnel. On ne peut pas toucher aux autres institutions du pays sans toucher a l’armée. Le moment venu je me prononcerai sur ce que je compte faire au sein de l’armée. Tout pays qui se respecte doit avoir une armée forte et un service de renseignements fort au service du pays et non au service d’un régime. Pour le poste de ministre de la défense la question ne se pose pas. Elle se pose en termes de compétences et d’efficacité. Un civil ou un militaire peu importe. Quant à la question relative à mon échec à l’époque j’étais un lieutenant de la Marine. Je ne vais pas rabaisser le discours politique à ce niveau. De grâce élevons le niveau.

Allez-vous ouvrir un dialogue avec les partis d l’opposition. Quelle st votre position sur une candidature commune de l’opposition ?

AG : Moi je suis ouvert au dialogue avec tout le monde et à toutes les suggestions et les propositions et on prendra la décision qui sied à l’Algérie.

En matière économique allez-vous recourir au financement extérieur si l’exigence le commande et, dans un deuxième temps, libérer le commerce extérieur des lobbys qui ont fait main basse sur le secteur ?

AG : La politique économique doit être repensée. Je vais devoir faire appel aux experts en la matière et s ils préconisent une solution au dépend d’une j’analyserai et j opterai pour une solution pour le pays. Je n’ai pas de dogme en la matière ni en politique ni en économie. Si les experts considèrent que c’est la seule voie il se peut qu’on aille vers les prêts internationaux sans complexes.

Les dettes extérieures on n’a contracté par le passée. Qu’est-ce qu’on fait de cet argent.C’est l’usage qu’on fait de cet argent qui se pose.

Le ministre de la Justice a indiqué que les lois de la république garantissent la transparence, la crédibilité et la régularité de cette élection ?

A G : Inchallah ! C’est tout ce que je peux dire. Il m’est difficile d’admettre que cela puisse arriver. Si est tel est intention des pouvoirs c’est tout ce que demande le peuple. Respecter la volonté populaire On ne peut qu’applaudir a ça.

Et concernant la HIISE…

A G : Pour la HIISE on l’attend de voir a l’œuvre pour la juger. Ceci étant si je suis élu elle sera revue de fond en comble. Elle sera totalement indépendante du pouvoir avec toutes les prérogatives requises. Des pays voisins l’ont fait.

Une question en rapport avec l’école. Quelle est votre philosophie et que pensez-vous du travail que fait Mme Benghebrit. Est-ce que vous la soutenez dans son combat contre les conservateurs ?

A G : L’école est un problème fondamental. Elle doit être le creuset de la formation du citoyen et du savoir pour formater les Algériens dans la modernité sans reniement les valeurs. L’école a besoin d’être refondée. Mon approche pour l’école sera systémique. Refonder l’école de la maternelle jusqu’au supérieur.  Je n ai pas de tabous.

Un mot sur la presse. Quelle sera votre action et est-ce que vous êtes pour cette presse indépendante ? Comment comptez-vous la développer ?

La suppression du ministre de la Communication pourrait figurer dans mon programme.
Vous avez dit soit disant une presse indépendante. Elle ne peut être indépendante si elle est tenue financièrement en laisse, une presse débridée ne sert ni le citoyen ni l’Etat. Un conseil va régira tous ses aspects. La presse ne peut pas être considérée comme antinationaliste qu’on le pense. Elle peut être critique a l’égard  du régime. On a besoin des critiques de la presse et en tenir compte pour corriger la trajectoire. J’accepte les critiques et ça me permet d’aller de l’avant et me corriger.

Etes-vous un lecteur assidu de livres ?  Quel est votre auteur préféré en Algérie et à l’étranger et quel est le dernier livre que vous avez lu ?

A G : J’ai une lecture orientée. Des livres politiques économiques et stratégiques. Mon problème c est que je n’ai pas de place pour mettre tous mes livres. En Algérie c’est Yasmina Khadra. A l’étranger c’est une lecture éclectique, russe pour ses grands classiques.
Dostoïevski et pour la poésie Pouchkine, Techkov ou Mentov.

Quels sont vos hobbies et faites-vous du sport ?

A G : J’en fait du sport. Je fais du footing trois fois par semaine. J’entretien mon corps et mon esprit.