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Sorties fracassantes de Hamrouche et Ali Ghediri sur la présidentielle: Que faut-il comprendre de leurs messages ?

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Le débat sur la présidentielle d’avril prochain a pris une tournure inattendue avec la sortie médiatique de l’ancien Chef du gouvernement et père des réformes en Algérie, Mouloud Hamrouche, qui donne un point de vue presque quasi identique que celui du général à la retraite Ali Ghediri, il y a quelques jours.

Les deux sorties sont complémentaires. L’un (Ghediri) préconise un suffrage transparent et honnête et l’autre (Hamrouche) défend l’idée de l’édification d’une république avec tous ses attributs constitutionnels.

Le premier est quasi certain qu’il ne s’aventurera pas à briguer la présidentielle tandis que le second s’apprête à tenter le coup.

La sortie médiatique de ce probable candidat a la présidentielle lui a valu d’ailleurs une volée de bois de la part du Chef d’Etat-major de l’Armée nationale, le général-major Gaid Salah.

Après la sortie fracassante du général-major à la retraite Ali Ghediri qui a demandé au vice-ministre de la Défense nationale, le général-major Gaid Salah «d’empêcher les uns et les autres de toucher aux urnes pour frauder et faire passer leur candidat». 

Mouloud Hamrouche est lui aussi monté au créneau dans une longue contribution publiée ce dimanche par El Watan, pour dénoncer ceux qui seront tentés de passer en force en violant la Constitution pour servir leurs appétits étroits : «Tout pouvoir de secte, d’ombre ou d’influence non identifiée qui échappe à tout contrôle est une menace traîtresse contre l’État et ses trois fondements», à savoir l’ex-Chef du gouvernement sous Chadli qui accuse ainsi un clan du pouvoir actuel tapi dans l’ombre mais bénéficiant via un concours de circonstances de tous les pouvoirs.

Il adresse dans cette même logique un message on ne peut plus clair aux tenants du statut-quo qui ont selon lui échoué, à l’instar de tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance, à édifier une République digne de ce nom et comme souligné dans la plateforme de la Soummam : «face à ce qui s’apparente à des débuts d’échec dans l’édification de l’État dans la mise en place des conditions de l’exercice de la gouvernance, le déficit en élites politiques et en de vraies forces d’adhésion, notre pays a besoin plus que jamais de discernement pour faire face aux diverses menaces, peurs et résignations», dit-il.

Pour parer à toute tentation velléitaire du clan dominant, Mouloud Hamrouche estime nécessaire aujourd’hui de revenir à la Déclaration du 1er novembre 1954 pour mettre en place les attributs que le pays doit négocier pour son passage vers l’Etat national : «Beaucoup n’avaient jamais noté et d’autres de ma génération, avaient simplement oublié que la Proclamation du 1er Novembre 1954 avait posé comme objectif  la restauration de l’Etat national souverain comme finalité du combat libérateur» et «comme garantie de l’indépendance nationale», précise Mouloud Hamrouche.

Pour autant, Mouloud Hamrouche pense que pour édifier un État «il n’y a que des missions et des devoirs, point de pouvoir. Le pouvoir et son exercice relèvent d’un gouvernement soumis à contrôle (…) L’État protège ses serviteurs et ses commis», dit-il.

Avant lui, le général à la retraite Ali Ghediri a dressé le même constat. Selon lui, «certains demandent un report de la présidentielle, d’autres la continuité. Tous les schémas anticonstitutionnels sont mis sur la table.

Connaissant de près le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, je me défends de croire qu’il puisse avaliser la démarche d’aventuriers», a-t-il écrit. Plus loin, il a ajouté : «Je ne pense pas que le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah puisse permettre à qui que ce soit de violer d’une manière outrageuse la Constitution. Il n’est pas sans savoir qu’il est le dernier de sa génération et que l’Histoire est fortement attentive à ce qu’il fait ou fera (…) Pour ce qui est de l’élection présidentielle de 2019, je considère que, plus que toutes les autres précédentes, les joutes à venir sont d’une importance capitale, en ce sens qu’elles sont à la fois porteuses d’espoir et de péril. Elles placent l’Algérie sur une ligne de crête, entre ubac, le côté sombre, et adret, le côté ensoleillé. Si nous arrivons à les organiser sans encombre, nous aurons réussi notre pari, à défaut, le pays risque gros. Mais je demeure optimiste», a-t-il déclaré.

L’ancien officier supérieur a appelé l’Armée à «un engagement démocratique». Qui sera le prochain président de la République ? Tout le monde a sa petite idée sur la question mais aucun n’est sur de son choix. A telle enseigne que les gens refusent tous les paris. Même les plus fous ! Jamais depuis que les citoyens ont commencé à voter pour cette élection présidentielle, un tel scrutin n’a suscité une telle indécision. La présidentielle de 2019 attire tous les regards, suscite toutes les analyses et bien malin celui qui sortira le bon numéro de son chapeau : Bouteflika, Benflis, Belkhadem, Ouyahia et Hamrouche qui de ceux là sera le futur président pour les cinq années à venir.

Pour l’instant Bouteflika a écœuré tout le monde. Le président Bouteflika ne s’est toujours pas prononcé s’il briguera ou pas un cinquième mandat. Certains le poussent à accepter un 5e  mandat parmi ceux de son cercle et d’autres, ses opposants avancent quand a eux  qu’il lui serait préférable de sortir par la grande porte. Son silence a ajouté plus encore à la confusion. Résultat des courses. Une élection plombée par le silence assourdissant des principaux centres de décision.

Même l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2004, Ali Benflis reste sur ses gardes et refuse pour l’instant de se mouiller. Il ne veut pas se prononcer au risque de brûler ses cartes biens cachées.

Les autres candidats potentiels n’y croient pas vraiment. Tous attendent le dénouement de la lutte au sommet qui fait rage même si le clan Bouteflika cherche à mettre en œuvre une solution négociée pour mettre en place une machine électorale qui doit servir pour une transition pacifique et la passation du pouvoir entre l’actuel locataire d’El-Mouradia et son successeur.

Mais, pour l’instant, les tractations se poursuivent toujours. A trois mois de l’élection présidentielle de 2019 qui approche à grand pas, l’incertitude demeure. Jusqu’à aujourd’hui, le président Bouteflika, n’a pas encore manifesté sa volonté de poursuivre son «règne» après 4 mandats successifs. Et pourtant, les appels le suppliant de briguer un 5e mandat se multiplient.

Le silence du chef de l’Etat intrigue et donne des idées et des ailes à ceux qui entendent le suppléer un jour parmi ses plus «fidèles».