Limogeage du DG de l’Anep: Départ attendu d’un homme encombrant…

Le qualificatif du remplacement du Président directeur général (PDG) de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), Larbi Ounoughi, par Adel Kansous a été diversement apprécié et commenté par les médias. D’abord, à commencer par l’appellation de ce remplacement. Était-ce un limogeage ? Une révocation ? Une mise à l’écart ?

Même si le ministère de la Communication ne le dit pas, la mise en voie de garage de Larbi Ounoughi met fin à une colère sourde qui grossissait au sein de la presse nationale. La gestion calamiteuse de l’Anep (un véritable coupe-gorge, soit dit en passant) lui aura été fatale. De même, sa communication sur les antécédents de l’Anep et de la presse papier a été plus que calamiteuse : vindicative et accusatrice.

Dès sa prise de fonction, il s’était livré à un déballage déraisonnable sur l’Anep, l’entreprise dont il a hérité, qu’il fallait défendre et remettre sur rails, et non pas terminer de la détruire par des révélations scabreuses qui avaient totalement démoralisé les dizaines de cadres intègres qui s’y échinaient à fournir quotidiennement, un travail honnête et sain.

De même, d’ailleurs, ses révélations sur les chèques empochés par la presse papier, révélations d’ailleurs garnies de tartuferies, de fausses et de demi-vérités, balancées sur la chaîne Al Hayat TV, si elles avaient fait « sensation », en déballant des chiffres à la pelle sur les malversations au sein de l’agence, elles avaient mis mal à l’aise des entreprises de presse qui ont été correctes vis-à-vis de leurs journalistes, de leur lectorat et de l’utilisation de l’argent des subventions étatiques.

Il est vrai que certains s’y sont sucrés, et gavés, à l’outrance, et ceux-là sont connus et identifiés, et leurs entreprises ont servi durant des décennies d’instrument de propagande du pouvoir politique. S’il fallait les nommer, il était de bon ton de le faire. Mais « tomber » sur la presse papier, à un moment où celle-ci traversait ses pires moments de délégitimation populaire, c’était préparer le cercueil d’un moribond sous ses yeux. Les expressions accusatoires auxquelles s’étaient livré Ounoughi s’apparentaient à une action de justice, car l’envie de déférer en justice patrons de presse et journalistes était bien présente dans le réquisitoire déroulé.

Désigné par Ammar Belhimer pour assainir le secteur et apporter un peu plus de sérénité dans les relations presse-autorités, Ounoughi n’a pas eu la main heureuse. Au fil du temps et des « révélations », il a fini non pas uniquement à s’imposer comme le véritable n° 1 du monde de la presse papier, celui qui fait plier les patrons de presse, qui fait et défait les journaux, mais a surtout causé beaucoup de tort à son ministre, Belhimer, auquel il était censé apporter propositions et solutions sur les subventions institutionnelles.

 Les blocages constatés depuis six mois, les copinages, les octrois de connivence et de complaisance ont fait grincer des dents le tout-Alger médiatique. On n’a pas combattu le colonel Fawzi et ses réseaux pour entrer dans l’aire de nouveaux Fawzi et de nouveaux réseaux. Dans la « liste de Schindler » donnée en pâture aux Algériens, il fallait citer nommément ces criminels de presse, ces patrons qui ont clochardisé le métier et appauvri le journaliste, qui se sont « embourgeoisé » jusqu’à l’outrance, et non pas indexer vaguement les « usurpateurs » de la presse (députés, sénateurs, hommes d’affaires, trabendistes), sans oser aller plus loin.

En réalité, Ounoughi a pris plus de poids que de mesure et s’est entouré, dans tous les postes de décision du Conseil d’administration de l’Anep, de conseillers « pas clean », nourris au sein de l’ancien système rentier et dont il ne fallait rien attendre.

 De ce fait, Ounoughi faisait de l’ombre à tous les responsables du pays, mais continuait, hélas, à distribuer de la publicité étatique aux caciques de l’ancien système, tel cet hebdo privé insipide de 16 pages croulant sous pas moins de 5 pages de publicité institutionnelle. En surface, il adoptait un ton volontiers moralisateur du secteur de la presse, mais en sous-sol, il s’est livré à des pratiques que le ministre de la Communication lui-même dénonçait. Au final, il a causé autant de tort à la presse papier qu’à ses propres mentors.

 Pour ceux qui s’attendaient à un changement réel et bénéfique dans le secteur de la presse papier, le départ de Larbi Ounoughi est plutôt une bonne nouvelle. Sa désignation a été une erreur de casting, certainement. Mais attendons la suite…