Entretien avec M’hamed Benkhrouf: « La diaspora peut contribuer à hauteur de 10 milliards usd/an ! »

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A la veille de la consultation référendum sur la révision constitutionnelle, il est de première instance de connaitre quel est l’avis de la diaspora sur la question, quels en sont ses soucis, ses amendements et ses attentes. Pour en faire le tour de la question, M’hamed Benkhrouf, psychologue de formation et président de l’Alliance internationale des compétences algériennes à l’étranger, était plus qu’indiqué pour en disserter.

M’hamed Benkhrouf est cadre algérien établi en France, connu pour ses positions nationalistes et modérés, et qui plus est se trouve depuis plusieurs années au cœur des soucis de la communauté algérienne établie en France, nouant des contacts continus avec les compétences algériennes dispersées dans tous les secteurs et dans tous les pays d’Europe et d’Amérique.

Auteur de nombreuses contributions dans les médias nationaux, en général, Benkhrouf demeure une personnalité connue par ses interventions sur le problème de la diaspora et son patriotisme affiché, son combat pour la préservation des valeurs morales et spirituelles de la nation, l’identité nationale et la défense des expatriés en particulier.

La communauté algérienne à l’étranger rend d’énormes services aux pays d’accueil, très satisfaits de leurs compétences, de leur rendement et de leurs capacités. C’est paradoxal vis-à-vis de leur distance avec leur pays d’origine qui attend toujours d’eux des propositions, une main tendue …

  L’Algérie traverse une étape historique difficile et décisive, elle doit maintenir la stabilité sécuritaire à travers laquelle le régime est renouvelé et la transition vers la construction d’une nouvelle Algérie peut se faire, une Algérie forte avec ses institutions, pour consolider l’Etat de droit, la justice et la démocratie, et défendre aussi l’identité nationale dans toutes ses dimensions historiques. Il est nécessaire de relever le défi et de contribuer ouvertement à la modernisation des institutions du pays.

 Les pays d’accueil ont eu recours aux compétences algériennes, lesquelles ont su s’imposer dans les pays où ils résident, et leur ont accordé la citoyenneté afin d’investir dans leurs capacités intellectuelles.

 Oui, les compétences algériennes à l’étranger sont disposées à s’impliquer dans l’effort de progrès national et contribuer à sauver la patrie du retard cumulé dans tous les domaines, et aussi à construire un État fort avec une économie développée, avec des institutions fortes, un système éducatif, sanitaire et de protection sociale qui garantit la dignité du citoyen et l’espoir de vivre dignement dans la patrie.

Qu’est-ce que l’Algérie attend de ses cadres à l’étranger après l’effondrement de l’ancien système ? la question peut aussi se poser de la sorte : qu’attendent les cadres algériens de leur pays à l’avenir ?

    Les compétences algériennes à l’étranger peuvent coopérer avec les compétences algériennes chez elles, et, sincèrement, ô combien elles ont besoin les unes des autres, ainsi que d’une opportunité convergente pour mettre en valeur leur savoir-faire. Il est permis de croire que cette cohésion canalisée portera ses fruits dans cette entreprise historique que le peuple algérien mène avec un savoir-faire algérien, qu’importe que ces compétences soient dans leur pays ou ailleurs.

La diaspora algérienne avait émis des réserves au sujet de l’article 51, qui interdit aux binationaux d’occuper des postes de haut rang dans leur pays …

Les pays développés d’Europe, d’Amérique et d’Asie ont compris que la mondialisation les obligeait à s’appuyer sur des compétences étrangères et à les impliquer dans la gestion des affaires et la prise de décisions, tout comme ils s’appuient sur le reste des citoyens d’origine du pays. Ils n’ont pas de problème avec la question de la double nationalité, car ils considèrent que la base du progrès est la compétence et l’intégrité et non la nationalité.

 Malheureusement, l’article 51 de la Constitution est toujours en vigueur. Or cet article de la Constitution actuelle divise les Algériens et fait de la communauté établie à l’étranger une victime du ségrégationnisme en les excluant de la pratique politique au plus haut niveau. Cette exclusion est paradoxalement rejetée par la Constitution elle-même, qui ne fait pas de distinction entre les Algériens, et parce que la communauté algérienne à l’étranger fait partie intégrante du peuple algérien, une diaspora qui souffre de la douleur de la patrie et se réjouit de ses joies.

Avec leur double nationalité, nous avions vu et vécu comment des jeunes algériens binationaux ont mouillé le maillot pour remporter la Coupe d’Afrique, comme nous avions vu et vécu comment le stade Pierre Morauy dans la ville française de Lille, a vibré au chant de l’hymne national « Qassaman », que les journaux européens ont qualifié de « plus extraordinaire de France ».

La communauté algérienne est une force électorale en France, comme en témoigne les compétitions électorales françaises pour en attirer le plus grand nombre. Mais on constate que cette diaspora est si peu efficace en Algérie. Pourquoi ?

Les compétences algériennes à l’étranger ont appelé depuis longtemps à ce qu’on la mette sur un même pied d’égalité que les nationaux, avec lesquels ils sont égaux en termes de droits et de devoirs ; par voie de conséquence, cette diaspora peut, pour peu que les conditions idéales soient mises à profit,  contribuer au financement du Trésor public à hauteur de 10 milliards de dollars par an, et cela en motivant les immigrés et en leur redonnant considération et confiance en leur pays, et en prenant soin de leurs préoccupations qu’ils expriment depuis longtemps. Au reste, on se demande pourquoi n’a-t-on pas encore désigné un secrétaire d’Etat chargé de la communauté algérienne à l’étranger…

Cette exigence est d’autant pressante que les circonstances de la vie de tous les jours la rendent indispensable, autant concernant le souhait de déménager en Algérie, d’assister aux funérailles de proches ou d’accompagner ceux qui sont décédés à l’étranger ; dans ce cas, leurs familles ne peuvent ni leur rendre visite ni les renvoyer en Algérie.

Est-il possible, par exemple, d’élaborer une carte des compétences algériennes à l’étranger en fonction de leurs spécialisations, de leur répartition et de leurs positions de responsabilités dans les pays d’accueil ?

(Peut-être que cela se fera dans l’avenir, car un recensement complet et une enquête précise nécessitent des efforts et du temps). En vérité, la réalité des choses est très paradoxale : certains Algériens se suicident en tentant de traverser la mer sur des embarcations de fortunes, risquant leur vie dans des « bateaux de la mort » pour fuir une mal vie qu’il peine à supporter, alors que certains autres, ceux qui ont émigré et passé des années à l’étranger, mais ont conservé la culture d’origine en y ajoutant ce qu’il y a de plus beau et de plus efficace dans la culture des pays d’accueil, comme l’excellence technologique et scientifique, rêvent de revoir l’Algérie.

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