La sortie du général-major à la retraite, Ali Ghediri ce dimanche au forum du journal Liberté, du reste très attendu par les observateurs a été un moment très fort de la politique algérienne de celle qu’on n’a pas vu depuis des années.

Autant par son bagout que par ses réponses directes et précises, Ali Ghediri n’a laissé personne indifférent.

Très attendu sur cette question, le général major à la retraite Ali Ghediri, candidat à l’élection présidentielle du mois d’avril prochain a nié avoir un quelconque lien direct avec l’ex patron du DRS, le général-major Mohamed Mediene dit Tewfik. : «Vous savez, j’ai collaboré pendant quinze ans en tant que directeur central des ressources humaines au MDN et à ce titre c’est normal que j’aie des relations professionnelles avec le chef du DRS au même titre que le chef d’état-major comme n’importe quel autre directeur central au ministère» a-t-il tenu à préciser

Répondant à la question selon laquelle sa candidature serait appuyée par l’ancien patron du renseignement, Ali Ghediri affirme que «ce n’est pas le général Toufik qui a motivé sa candidature. Je me porte candidat pour redresser le pays et rassembler le peuple. Il affirme à cet effet que le général Toufik a eu l’information de sa candidature aux prochaines présidentielles à travers la presse, comme le reste des Algériens» dit-il encore. Et d’ajouter : «Je n’ai pas gardé de contacts uniquement avec le général Toufik mais aussi avec d’anciens collègues et ministres mais aussi ceux qui sont en activité». Sur insistance des journalistes sur ses rapports avec l’ex patron des services, Ali Ghediri lâche le morceau : «Le général Toufik a appris ma candidature à la présidentielle à travers la presse».

Et qu’en est-il de ses chances pour cette élection surtout si le président sortant se déclare lui aussi : «Je pars pour gagner. On ne m’a pas appris dans les écoles d’échafauder ma stratégie en prenant comme appui la stratégie de l’adversaire mais j’y tiens compte» dit-il nullement désemparé par la question : «Jusqu’à ce jour, Bouteflika est le président. Demain, s’il décide de se présenter, qu’Allah lui facilite les choses en tant que citoyen. Je l’affronterai en tant que citoyen, fermement ».

Sur une éventuelle fraude annoncée, Ali Ghediri, considère que celle-ci n’est pas une fatalité : «Si la fraude existe, c’est parce que nous sommes passifs. Nous avons été absents. Et quand je dis nous, je parle de l’élite. L’élite était absente. Cela a ouvert la voie à des opportunistes de se mettre en avant. Ils sont arrivés même à nous humilier comme citoyens. Ils utilisent nos voix et nous, nous applaudissons. J’appelle le peuple, et notamment son élite, à prendre conscience. Nous n’avons plus le droit de nous taire sur ce phénomène qui a ravagé le pays. Si vous attendez du  pouvoir à ce qu’il ne fasse pas dans la fraude, vous allez le mettre au chômage. C’est tout ce qu’il sait faire», a-t-il accusé.

Et d’ajouter un brin taquin : «Au sein de l’Armée, il y a des gens qui savent manier les armes. C’est leur métier. Mais, il y a énormément de gens qui savent aussi faire bon usage de la plume. Maintenant, je le fais parce que je suis dehors. J’aurai été à l’intérieur, vous ne m’auriez jamais vu. Nous savons parler nous autres militaires aussi (…) l’ANP n’a jamais été le refuge d’une classe quelle qu’elle soit».

A-t-il l’appui de l’Armée pour sa candidature à la présidentielle : «Vous parlez de l’Armée ou des personnes ? J’ai un appui plus grand et plus puissant, c’est le peuple (…) Je revendique la rupture sans reniement. Et quand je dis rupture, c’est la mise à plat, la mise sur la table de tout sauf les valeurs qui ont fait de nous une Nation. Je suis venu rassembler ceux qui partagent ma vision sur la nécessité de sauver le pays du pourrissement actuel », a-t-il répondu.

Ghediri n’a pas écarté la possibilité d’alliances politique dans le futur : «On vous dira tout, rien ne se fera dans l’opacité», a-t-il promis de même qu’il a fait la promesse du financement de sa campagne. Ainsi il n’a pas hésité par exemple à révéler sa rencontre avec l’homme d’affaires algérien Issad Rebrab : «Je l’ai vu et je pourrai le revoir, qu’ils m’emmènent en prison alors ! Ils se focalisent sur la rencontre avec Issad Rebrab sans parler de mes rencontres avec des écrivains, des politiques et Monsieur tout le monde. Je suis un candidat, je ne nourris aucun complexe et je ne laisserai pas le pouvoir me dicter qui je peux ou je ne peux pas rencontrer. Si j’avais rencontré un autre chef d’entreprise, m’auriez-vous posé la question ?» répond-il sans langue de bois.

Ghediri se veut aussi un rassembleur : «Je ne me porte pas candidat pour régler des comptes, mais pour rassembler», a-t-il déclaré.

Revenant sur ses précédentes prises de position, Ali Ghediri pense «avoir payé, sa famille et lui, le prix de son soutien au général Benhadid ». Le général-major à la retraite se dit «prêt au sacrifice». 

En matière économique, Ali Ghediri estime que problème de l’Algérie est politique, pas économique : «L’origine de tous les problèmes est la corruption politique. Je ne pouvais pas en parler quand j’étais sous les drapeaux parce qu’il y avait l’obligation de réserve. Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je suis à la retraite et les lois de la République et la Constitution me donnent toutes les libertés» dit-il. Pour lui, la solution à la déroute financière que vit le pays «réside dans la bonne gouvernance et d’une bonne politique de dépense». Il affirme, en outre, qu’il  améliorerait, si toutefois élu, le climat des affaires en encourageant les vrais industriels et investisseurs».

Il a annoncé vouloir revoir les textes qui limitent l’expression publique aux anciens militaires, «s’il est élu». Ali Ghediri a démenti s’être déplacé à Paris pour y rencontrer l’ambassadeur des Etats Unis ou «les gens des services de renseignements américains», comme cela était rapporté par le site français Mondafrique du journaliste Nicolas Beau : «Les Etats Unis, comme les autres puissances, ne sont pas un point d’appui dans ma campagne. Mon point d’appui, c’est le peuple»,a-t-il dit. Enfin, il a annoncé n’avoir délégué personne pour le représenter en France.