Ultimate magazine theme for WordPress.

Nouvel an à Tizi-Ouzou : fête sans joie

93

Pour ce dernier jour de l’année 2018, c’est la fête sans joie à Tizi-Ouzou. Les gens circulent dans les ruelles de la ville comme des zombies. Dénommer ces centaines de femmes et d’hommes, chacune et chacun arpentant seul les pavés de la ville comme « la foule solitaire » est l’expression la plus juste.

L’individualisme, craint par tout le monde pourtant et aggravé par la pauvreté est bien là. Il a bel et bien fait son ancrage dans la société.

Et pour isoler davantage les citoyens, l’administration a ordonné aujourd’hui, et ce jusqu’au 2 janvier 2019, la fermeture de la maison de la culture Mouloud Mammeri. La raison invoquée : mesure sécuritaire. Cette institution culturelle est le seul espace où les gens à la petite bourse partagent en commun. Quelle ironie !

Au lieu que les responsables concernés organisent au niveau de cet espace culturel un gala et autres activités artistiques et culturelles à l’occasion de ce nouvel an au profit des familles n’ayant pas les moyens de se permettre une soirée dans quelque hôtel luxueux, ils ont tout bonnement ordonné sa fermeture. Ainsi, c’est davantage d’isolement pour les familles désargentées. Et elles sont nombreuses en ces temps de crise économique et financière que traverse le pays.

Les pouvoirs publics ont plutôt favorisé l’aspect sécuritaire comme si l’insécurité fait peser lourdement son danger sur la wilaya de Tizi-Ouzou. Pour des considérations, valables peut-être autrefois, les services de sécurité ont reçu l’ordre de déployer leurs éléments à travers les routes et axes considérés comme « chauds » de la ville.

Ainsi, pour les pouvoirs publics, le réveillon est devenu synonyme de violence et d’insécurité, notamment sur les routes. S’il est vrai que durant la décennie noire, des groupes armés avaient l’habitude de cibler les auberges durant les soirées du réveillon, ce n’est plus le cas maintenant.

Par ailleurs, des cercles, adeptes des analyses faciles et aidés en cela par une certaine presse ayant également un faible pour des analyses non compliquées, prétendent que c’est l’ivresse au volant qui est la première responsable des accidents de la route d’où la nécessité de renforcer les axes routiers par la présence de policiers et gendarmes.

A conjecturer que cette analyse soit juste, la mesure idoine contre les accidents n’est certainement pas la présence de policiers et gendarmes sur les routes. La solution peut se cacher derrière un arsenal juridique, soit donc de dissuader les conducteurs de boire plus que de raison avant de prendre le volant.

En effet, un policier ou un gendarme ne peut aucunement empêcher un chauffeur en état d’ivresse de commettre un accident si celui-ci est déjà en train de rouler, notamment sur une voie à grande vitesse. Dans le meilleur des cas, l’homme de loi peut empêcher un chauffeur ivre de prendre le volant s’il est présent sur les lieux où et au moment où il s’apprête à le prendre. Mais une fois sur la route, c’est trop tard.

En définitive, ce serait vraiment stupide de croire que par sa présence physique sur un axe routier,  un policier ou un gendarme peut empêcher un accident de circulation de se produire. Car, si c’est le cas, 99,99% des accidents qui se sont déjà produits sur nos routes auraient été évités.

En définitive, la mobilisation de tant d’éléments des services de sécurité à l’occasion de ce réveillon ne sert pratiquement à rien. Sinon c’est priver ces malheureux policiers et gendarmes de passer un agréable réveillon avec leurs familles.

Notons enfin en conclusion que la fête du nouvel an ne rime aucunement ni avec les accidents de la route et ni avec une toute autre forme de violence.