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Saïd Saadi : « L’Indépendance a été confisquée par des gens étrangers à la guerre de Libération nationale»

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Le Dr Said Sadi, débarrassé aujourd’hui de ses obligations partisanes, est plus que jamais un acteur incontournable de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Ses conférences sur les leaders de la révolution, sur les hommes qui ont marqué l’histoire avec un grand H de l’Algérie sont toujours suivi par un nombreux public soif de vérités et de justice. Ce dimanche il a donné une conférence-débat à Akfadou sur le congrès de la Soummam, dans lequel il résume le souci des autorités du pays de se réapproprier ce haut lieu et tout le symbole qu’il dégage.  Said Sadi estime que par cette décision de reprendre le contrôle sur cet événement historique, le système autoritaire «à bout de souffle» cherche surtout  à se relancer en prévision de la présidentielle de 2019 : «Le chef de l’état-major de l’Armée, Gaïd Salah, a décidé de donner le nom de Abane Ramdane à une annexe de l’Académie militaire de Cherchell. Ils l’ont tué, enterré, occulté, de son vivant et après sa mort ils n’ont pas donné son nom à une université, un institut, un opéra. Ils le donnent à une caserne, lui qui a toujours dit que le militaire ne doit être rien d’autre qu’un moyen pour prolonger la réflexion pour l’accès à l’Indépendance», dénonce Saïd Sadi pour lequel «c’est comme ils l’ont assassiné une seconde fois». Le conférencier assure que «cela a été fait à desseins politiques». Pour lui, «baptiser une caserne au nom de Abane a été fait au moment où l’armée se prépare à organiser une opération pour relancer un système militaro-policier au nom de Abane Ramdane. Il n’y a pas une catastrophe pire que celle-ci», poursuit-il. Selon lui, l’esprit de la Soummam «est celui du débat et de la construction démocratique» relevant au passage que «tout le monde n’était pas d’accord au congrès de la Soummam qui a duré un mois. Mais les congressistes ont réussi à s’entendre sur l’essentiel afin de sauver la Révolution et donc baliser la voie de l’Indépendance de l’Algérie» dit-il encore. «La plate-forme de la Soummam n’est certes pas une recette à appliquer mais c’est une immense leçon qui peut nous enseigner pourquoi est-ce que le seul projet démocratique national n’a jamais abouti et qui peut nous enseigner d’où peuvent venir les coups et quelles sont les erreurs à éviter», affirme Saïd Sadi, pour qui cette plate-forme «doit être davantage débattue». Le conférencier est aussi revenu sur la question identitaire indiquant que celle-ci «a été occultée lors du congrès de la Soummam» car Abane avait compris que le panarabisme était une chimère, des discours, des bavardages et des élucubrations sans lendemain, n’a pas pu assumer la crise identitaire : «Abane était un jacobin, centraliste qui était convaincu qu’il fallait construire une nation moderne, rigoureuse, structurée et bien articulée. L’idée de la question identitaire n’était pas une grande préoccupation pour lui», assure Saïd Sadi. Ce dernier considère que «l’Indépendance a été confisquée par des gens étrangers à la guerre de Libération nationale». Il citera a titre d’exemple le cas de Houari Boumediène qui «a pris le pouvoir par la force alors qu’il n’avait pas tiré une balle pendant la Révolution». Pour lui, «on peut comprendre les maux de l’Algérie et décrypter ses problèmes en revisitant l’histoire et en analysant profondément la congrès de la Soummam et ses résolutions» professe-t-il.

 

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