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Tewfik Hasni, consultant en transition énergétique: « Les risques de prédation pour notre pays sont d’ordre énergétique »

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L’Express-DZ : L’association des ingénieurs d’Etat diplômés de l’Institut algérien du pétrole (Aied-IAP) à travers son «Club-Energie», a organisé le 5e colloque sur le thème «problématique de la sécurité énergétique pour l’Algérie à l’horizon 2030 et au-delà».

Les participants ont conclu que la sécurité énergétique doit se consolider en se dotant de leviers qui vont lui permettre d’être en osmose avec les mutations que traverse le monde énergétique et les sphères qui ont un rapport étroit avec ce secteur stratégique et vital. Quel commentaire faites-vous dans ce sens ?

M Hasni : En tant que membre de l’organisation de ce colloque, nous voulions attirer l’attention sur l’importance de la Sécurité énergétique au niveau mondial. Nous avons voulu d’abord donner notre vision globale de la situation et ainsi intégrer la sécurité énergétique dans son contexte plus large, à savoir la crise économique. Il faut savoir que les principales crises mondiales ont débouché sur des guerres. La sécurité énergétique explique aussi beaucoup de conflits qui lui sont liés. Ensuite les mutations que nous vivons au niveau mondial affectent aussi notre région au plan énergétique et suite à la rareté des ressources. Les problèmes que nous connaissons au Sahel, en sont une résultante. Les risques de prédation pour notre pays en dehors des terres rares, concernent fondamentalement l’Energie et notre potentiel de soleil thermique de l’ordre de 40 000 millions de tonnes équivalant pétrole par an (MTEP/an). Nos réserves d’énergies fossiles nous donnent pour le gaz : 80 MTEP/an, le pétrole 50 MTEP/an, le gaz de schiste 20 MTEP/an.

L’une des recommandations de ce colloque c’est de réviser le Programme national des énergies renouvelables «Pner» à l’horizon 2030. Êtes-vous de cet avis ?

Je ne peux qu’être de cet avis, puisque je suis à l’origine de cette proposition. En effet, nous avons vu que le programme actuel (PNER) ne permet pas de satisfaire nos engagements pour le climat de la COP 21. Nous avons démontré par ailleurs que les besoins énergétiques à l’horizon 2030 allaient atteindre un niveau trop important. Le gaspillage actuel va aggraver la situation par la croissance démographique qui va pousser la demande. Le résultat serait qu’à partir de 2020, nous ne pourrions satisfaire que la demande interne e gaz. En 2030, nous devrions importer du gaz si nous ne développons pas les énergies renouvelables. Avec cette nouvelle donne, il devenait clair que le programme actuel d’énergies renouvelables n’était plus adéquat que ce soit au plan qualitatif que quantitatif.

Ils proposent également de créer un comité ad hoc qui sera composé des représentants des finances, ministère de l’Energie, ministère de l’Environnement et la société civile dans l’objectif d’élaborer des stratégies visant la consolidation et le renforcement de la sécurité énergétique de l’Algérie et sa transition vers une nouvelle conception, à savoir l’énergie renouvelable et de développement durable. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons repris une des recommandations de la conférence sur la sécurité énergétique qui s’était déroulée au CIC. C’était :

Désignation d’un Comité ad hoc composé des représentants des finances, Ministère de l’énergie, Ministère de l’environnement et la société civile, pour les orientations à prendre dans l’élaboration des stratégies. Ce comité sera l’organe de suivi et contrôle des programmes des grands projets

Cependant, ceci n’est pas une nouvelle conception, c’est exact de dire que les énergies renouvelables sont au cœur du développement durable. Le développement durable est le développement qui protège la nature. Il s’oppose au gaspillage des ressources.

L’Algérie à l’intention d’exporter son savoir-faire dans le domaine des énergies renouvelables vers les pays du Sahel, a indiqué le directeur général du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), Nourredine Yassa. Qu’en pensez-vous ?

Il faut être d’accord avec l’idée que les problèmes que connaissent les pays du Sahel sont d’abord des problèmes économiques. Il faut s’attaquer aux vrais problèmes et non gérer les effets avec les crises migratoires.

La tache noble du CDER est à féliciter. Il faut cependant aussi se rendre compte que les objectifs ambitieux induits par le nouveau programme (PNER) nécessiteront la mobilisation de toutes nos ressources.