Le président et son double: la « bande à Goïta » aura-t-elle accompli l’« arnaque du siècle » ?

Levée des sanctions de la Cedeao, mise en place d’un gouvernement de transition, libération le 8 octobre de l’opposant Soumaïla Cissé et de trois autres otages européens et reconnaissance tacite de la communauté internationale. Le nouvel homme fort de Bamako, le colonel Assimi Goïta, aura accompli pratiquement le coup d’Etat le plus réussi de notre époque, puisqu’applaudi unanimement aujourd’hui par tous.

 Si dans la semaine qui a suivit la démission forcée du président élu IBK la communauté internationale avait refusé le fait accompli, plusieurs présidents d’Etats européens et africains avaient rendu visite ou téléphoné à Assimi Goîta afin d’être les premiers bénéficiaires du changement survenu au Mali, consacrant par là la légitimité politique qui faisait défaut aux colonels putschistes. Les Etats de la Cédéao, d’abord réticents, ont applaudi les propositions de la « bande à Goïta » et de ce fait, légitimé les nouveaux locataires du Palais de Koulouba.

  La prestation de serment, le 25 septembre, de Bah N’daw, sa lecture de la formule du serment prévu à l’article 10 de la charte de la transition : « Je jure devant Dieu et le peuple malien de respecter et de faire respecter la transition. Je le jure », suivit quelques instants plus tard, par celle du colonel Assimi Goïta, puis enfin la première déclaration de N’daw d’« assainir » le climat politique et économique du pays, ont fait tomber les pressions sur le groupe des colonels.

  «C’est une reconnaissance internationale de fait pour l’action des militaires. Qu’ils aient été nommément remerciés par le Président Emmanuel Macron et par les autorités italiennes est significatif de l’ampleur du coup ainsi réussi. La réception des otages libérés au palais présidentiel de Koulouba avant leur départ pour leurs pays respectifs normalise le pouvoir de la transition sur la scène internationale», explique à Sputnik Emmanuel Dupuy, de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).

 Mais est-ce suffisant pour garder le pouvoir, d’autant que N’daw est un proche de Goïta, si ce n’est pas « son » homme ? L’analyste malien Zouda Ag Doho nous disait, il y a quelques jours, qu’il s’agissait de « l’arnaque du siècle ». Et de s’expliquer : « Ces officiers vont tourner tout le monde en bourrique pendant un certain temps. Ensuite l’un d’eux quittera l’armée pour se porter candidat à l’élection présidentielle et passera comme une lettre à la poste ».

Le fait est qu’aujourd’hui, le même colonel putschiste est aux commandes du Mali. En tant que chef militaire et en tant que vice-président. N’daw, dans ce cas, ne peut être que son obligé.

 Mais c’est face aux revendications du Nord-mali que le président et son double auront fort à faire. Aucun geste n’est venu apaiser les problèmes qui ont secoué les bastions traditionnels de la rébellion. Le chef du MNLA, Bilal Ag Acherif, nous confirmait récemment que les blocages sont toujours en l’état, et que la Confédération des mouvements de l’Azawad observera un certain temps une position d’attente, avant de se prononcer. Et d’agir.

Car même si les groupes armés du Nord signataires de l’Accord d’Alger obtiennent quatre ministères, deux pour la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et deux pour la Plateforme (groupes pro-Bamako), même si l’arrivée de la CMA au gouvernement a été bien interprétée au départ, les ministères obtenus, « l’Agriculture et la Jeunesse et les Sports ne sont pas stratégiques, même si l’Agriculture est d’importance pour le Mali, et cela risque d’être interprété par leurs éléments comme de la figuration », estimait à juste titre Leslie Varenne, directrice de l’Institut de veille et d’étude des relations internationales et stratégiques.