Libération de Sophie Pétronin contre l’élargissement de 100 djihadistes au Mali

Voilà une bien curieuse « transaction à la Macron ». On sait que l’Elysée est très attentif quant à la récupération des ses ressortissants retenus en otages dans plusieurs zones de crise, dont le Sahel, mais échanger Sophie Pétronin, détenue au Nord-Mali depuis 2016, contre plus de 100 djihadistes revient à échanger un seul soldat contre tout un contingent de militaires.

 Ainsi, plus d’une centaine de djihadistes, condamnés ou présumés, ont été libérés au Mali dans le plus grand secret, en fin de semaine, en contrepartie de la libération, par « Nosrat al islam wal muslimin », de Soumaïla Cissé et de la Française Sophie Pétronin, après des tractations qui ont duré plusieurs mois. Les prisonniers djihadistes, dont plusieurs d’origine algérienne, ont été relâchés dans le secteur de Niono, dans le centre du Mali, et dans la région de Tessalit, le fief du chef de Nosrat, Iyad Ag Ghali.

 Sophie Pétronin, 75 ans, a été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao, où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance. Elle est apparue plusieurs fois dans des vidéos diffusées en 2017 et 2018 par Nosrat. Soumaïla Cissé, 70 ans, est un ancien chef de l’opposition parlementaire et plusieurs fois outsider à l’élection présidentielle ; il a été kidnappé en mars dans la région de Tombouctou.

    La question qui se pose encore est celle de savoir s’il y a eu aussi versement de rançon ? Certainement, mais on ne le saura jamais. Les médiations de ce type sont souvent menées par la DGSE via des intermédiaires de la région, des notables ou des chefs de tribu proches des djihadistes, et le contenu de la transaction est frappé du sceau du secret. Pour contourner la nature répréhensible du versement des rançons (interdit par l’Onu), les Etats européens, dont la France, laisse le soin de faire à leurs entreprises installées dans ces pays.

 Ainsi, donc le Nosrat al-islam verra ses rangs grossir, ses éléments capturés libérés, ses caisses renflouées, et, de nouveau, la machine pourra être huilée et se remettra en marche, avec encore de nouveau rapts et de nouvelles rançons, contribuant à la pérennité d’une véritable industrie du rapt qui toujours fait grincer Alger des dents.