Du meilleur au pire : les 5 scénarios possibles pour la Libye
Crise libyenne

Le jeu de stratégies des puissances veut que la Libye soit un autre Etat que la Libye qui a existé jusque-là. Clairement, personne ne sait de quoi demain sera fait tant les plans de nuisance demeurent pernicieux et impénétrables, les médiations et les tentatives de sortie de crise ne constituant qu’un leurre de plus dans les plans mondialistes.

Comme si la guerre civile générée par l’intervention franco-atlantiste ne suffisait pas, comme si 10 ans de guerre fratricide n’était pas suffisant, deux gouvernements rivaux se disputent la direction du pays : celui de l’Est avec des alliés puissants comme la Russie, l’Egypte, la France, et le Gouvernement d’Entente nationale (GNA) soutenu par le Qatar et la Turquie, bénéficiant d’un appui tiède de la part des instances internationales. Les interférences de la France, les Etats Unis, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats, le Qatar, Israël, la Turquie, la Russie, etc. ont totalement interdit tout solution juste telle que proposée par les pays voisins.

Conséquences immédiates et déjà visibles: paupérisation du peuple, instabilité, insécurité, destruction des infrastructures du pays et brutal retour en arrière. Les conditions sociales des Libyens se sont dégradées et les richesses  qui leur profitaient font le bonheur des autres pays.

Ce constat étant visible à l’œil nu, la question lancinante est de savoir: de quoi demain sera fait ? Qu’est-ce qui attend la Libye : une paix retrouvée ou la guerre totale ?

Rafaa Tabib, universitaire tunisien, chercheur et expert en géopolitique, spécialiste de la question libyenne, nous propose cinq scénarii allant de la guerre totale à la solution négociée.

Scénario 1: la guerre totale

Cette situation interviendrait suite à l’effondrement de l’accord politique avec en prime un changement d’attitude de la part des Nations Unies vis à vis du processus électoral.

La guerre totale pourrait également survenir si la Turquie et le Qatar exerçaient une pression massive sur leurs soutiens locaux afin de suspendre le processus de paix en Libye.

 « Une guerre totale conduirait inéluctablement à une fragmentation du champ politique et des territoires avec un élargissement de la zone tenue par l’Armée Nationale Libyenne et l’émergence des partisans de la « Jamahiriya » comme force dominante dans plusieurs régions ».

   Aussi, « la menace de la création d’un pôle salafiste autonome pourrait émerger avec la radicalisation des factions madkhalistes ».

Scénario 2: réconciliations

«Il s’agit là d’une situation intermédiaire. Il y aurait alors quelques épisodes d’affrontements en Libye mais avec des possibilités d’accords à terme et selon des phases », affirme le chercheur.

 La possibilité d’une réconciliation interviendrait à condition d’un enlisement de l’accord politique et l’arrêt du processus électoral avec un prolongement et un durcissement de la crise économique.

 Ce scénario pourrait avoir comme impact d’abord la marginalisation des institutions de l’Etat. Par ailleurs, le rôle des chefs tribaux pourrait se renforcer. « Nous pourrions même assister à un retour des caciques de la Jamahiriya ».

Scénario 3: élections

 Des élections à travers un calendrier pour un processus électoral, imposé par l’ONU, privilégiant la Présidentielle ou leur simultanéité avec des élections législatives. « Deux candidats sortiraient alors du lot à savoir Khalifa Haftar et Seïf el-Islam Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi ».

 Les impacts de cette situation seraient multiples. D’abord la marginalisation des islamistes et le début d’un processus qui mènerait à leur écartement total de la vie politique. Par ailleurs, il le rôle des factions tribales loyales à la Jamahirya se verra renforcer avec le retour d’un pouvoir fort aux mains d’une coalition tribale. « Il s’agit là d’un accord sociétal. Ainsi, la société libyenne grâce à ses tribus et ses forces sociales vont passer au premier plan et imposer un accord politique général qui pourrait être entériné par les Nations Unies et les puissances étrangères et qui pourrait intéresser les sociétés étrangères en vue de la reconstruction de la Libye ».

Scénario 4: partition

 Ce scénario ferait suite à une décision de l’Armée nationale libyenne de consolider son territoire dans la perspective d’une défaite électorale à l’échelle nationale ; une alliance entre les islamistes et l’ANL afin de préserver les acquis de chaque partie, est envisageable. L’ingérence des puissances étrangères pourrait être également de mise afin de garantir les intérêts  des puissantes compagnies pétrolières internationales. « Dans cette situation, toutes les stratégies des pays du Golfe à l’égard de la Libye seraient gelées », dit le chercheur. Il y aura une paupérisation importante de la région de Tripoli et l’émergence de cités-états.

Scénario 5: consensus

   Il s’agit là d’un accord multipartite aussi bien avec les pays de la région qu’avec certaines puissances étrangères pour laisser les Libyens choisir selon des modalités intrinsèques à la société libyenne et aussi aux schémas politiques qui existent dans le pays.

 Mais pour que le consensus existe, il faut qu’il y ait la constitution d’une instance représentative de tout le spectre politique et tribal pour la résolution de la question de la légitimité. Un accord devra être conclu entre les géants du pétrole pour une exploitation des ressources en y associant notamment la Russie et la Chine. Il s’agit d’une sorte de sortie de crise qui pourrait à terme donner lieu à un processus électoral.

  Ce scénario pourrait entamer le démarrage de la reconstruction de la Libye. Ce sera également le début d’une longue transition soutenue par une présence étrangère sur le terrain. L’Etat central sera démantelé au profit d’une fédération très élargie. Cela donnera lieu à plusieurs conséquences, comme l’atténuation des effets de la crise économique et sociale et la démobilisation d’une grande partie des milices.