Utilisé jusqu’à la nausée sous  l’ère de Bouteflika,  le qualificatif  « fakhamatouhou » a été l’un des indices langagiers patent de  la déliquescence des mœurs politiques en Algérie. Signe d’allégeance et d’asservissement, ce qualificatif qui a fait son apparition avec Bouteflika, a montré la veulerie et la propension naturelle de ses promoteurs et de ses usagers à la servitude, pire à la « colonisabilité » pour reprendre  le mot  heureux de Malek Bennabi.

Même au plus fort du  temps du parti unique et du fameux  article 120, on n’a pas fait usage de tels vocables. Sous Boumediène, dans l’engouement socialiste d’alors, on usait le plus souvent du mot « frère » pour désigner le président. Sous Chadli on continuait à utiliser le mot « frère » en lui collant d’autres qualifiants tels que « moudjahid », « militant ». Chadli Bendjedid est ainsi appelé « frère moudjahid » ou « frère militant ».

Djezzy Binatna

A l’arrivée de Bouteflika qui a trouvé le pays  laminé par une guerre civile, des laudateurs en puissance ont fait leur apparition  et ont commencé à sortir leurs  « brosses langagières et poétiques » pour vanter les mérites  de ce   président de la « réconciliation nationale ». Certains iront même jusqu’à le qualifier  de « grâce divine » pour secourir le peuple algérien  martyrisé.

Ainsi la fin de la décennie rouge  a été le début de l’ère de la soumission et de l’allégeance. Des partis, des associations, des organisations de masses, des syndicats…ils  étaient nombreux à se bousculer au portillon de l’allégeance et à déclarer leur totale adhésion à tout ce qu’entreprenait Bouteflika.  On le qualifiait de sauveur, de diplomate émérite, du digne continuateur de Boumediene, de dompteur de généraux…

La télévision et  la presse aux ordres  jouaient à longueur de journées, de colonnes et de JT la symphonie « fakhamatiste ». Les ministres, les walis, les militaires… ne peuvent prononcer son nom sans sortir leur encensoir et le parfumer  de toutes les vertus. Pire dans les dernières années, c’est son cadre qui est devenu objet d’adoration. Tout un sacrilège !

Il faut savoir gré au Hirak qui a pu redorer le blason du peuple algérien que  l’on croyait réduit définitivement à la soumission. Le retrait  du  vocable  « fakhamatouhou » décidé par le président Tebboune, comme l’une des premières mesures de sa magistrature est annonciateur d’une fin d’une époque, une époque qui a failli  transformé le citoyen algérien en sujet.