Une semaine depuis le lancement de la campagne électorale terne et sans relief, les cinq candidats continuent à sillonner le territoire national en vue de mobiliser les électeurs, peu nombreux à suivre leurs pérégrinations. Parmi tous ces candidats, un seul a réussi à exposer un programme claire et réaliste, proche des revendications du hirak. Il s’agit d’Ali Benflis qui dès les premiers jours a annoncé la couleur.

Il a indiqué qu’il prendra langue avec l’opposition, qu’il lui donnera un statut officiel, qu’il nommera un gouvernement de compétence loin du copinage et du favoritisme, qu’il procédera à la révision de la Constitution, le tout à travers un calendrier précis et ordonné. En somme une sorte de mandat de transition, celui des réformes politiques en plus de la séparation et l’équilibre des pouvoirs, d’asseoir la bonne gouvernance, de garantir les libertés collectives et individuelles à travers une justice a service du peuple et non plus d’une caste de privilégiés. De Médéa, Ali Benflis a fait la promotion de son projet d’«urgence nationale».

Sur le plan politique, le candidat au scrutin présidentiel a promis de «partager le pouvoir avec le Premier ministre» issu de la majorité parlementaire. Il s’est, par ailleurs, engagé à ce que les gouvernants rendent des comptes au peuple : «Durant mon mandat, les dirigeants rendront des comptes au peuple régulièrement. C’est le peuple qui choisit ses représentants. Mon mandat se déroulera dans la transparence» a-t-il affirmé.

Tebboune fait face à une hostilité grandissante

L’autre favori de cette campagne, Abdelmadjid Tebboune peine à décoller et trouve d’énormes difficulté à faire entendre sa voix qui de plus est chahuté par des chaines de TV qui mènent contre lui une véritable campagne hostile. Et manque de pot, Tebboune commence apparemment à perdre son sang-froid. Non satisfait de la couverture réservée par leurs équipes des meetings du candidat, sa direction de campagne a décidé de renvoyer les journalistes et cameramans des chaînes de télévision privées Ennahar TV et Al Djazairia One. Les deux chaines n’ont pas hésité à la rendre publique en faisant défiler cette décision sur la bande d’information d’urgence.

Et pour couronner le tout, des dizaines de personnes ont été arrêtés hier à Batna, pour avoir manifester contre la visite de Tebboune. Loin de ce brouhaha Azzedine Mihoubi a présenté, vendredi à Illizi, les grands axes de son projet intitulé «Rêve du Sahara», qui vise à booster le développement dans le Sud et ériger cette région en «soupape de sécurité pour l’économie nationale». Mihoubi s’est dit profondément convaincu que le Sud constitue «l’alternative réelle pour l’Algérie» pour les décades à venir, affirmant qu’il est «du droit de chaque Algérien de rêver de voir le Sahara érigé en Eden, eu égard aux richesses et atouts qu’il recèle, notamment en matière d’eaux souterraines, d’agriculture, de tourisme, d’énergie solaire et de ressources minérales».

Le convoi de Bengrina pris à partie

Le «rêve» de Mihoubi prévoit la «création d’une agence nationale d’investissement dans les régions du Sud», chargée d’examiner les projets d’investissement» selon une vision locale décentralisée cristallisée par des compétences nationales parmi les enfants de la région.

A ce propos, le candidat s’est engagé, à créer des zones franches pour développer le commerce intra-régional, tout en mettant à jour les textes de loi régissant le commerce de troc. Mihoubi a promis également d’ériger le Sud en principal axe d’exportation hors-hydrocarbures, mettant en avant l’impératif de mettre en place, pour ce faire, une agence nationale d’exportation, chargée de coordonner l’action entre les différents secteurs et parties prenantes et de réunir les conditions nécessaires à la réussite des projets de commerce extérieur à partir des besoins et propositions des exportateurs.

Mihoubi a dit avoir reçu une offre de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) pour participer à un débat télévisé le 7 décembre prochain à l’EPTV : «Nous avons reçu, il y a trois jours, une correspondance de l’ANIE, nous demandant la confirmation de notre participation. A cet effet, nous avons exprimé notre disponibilité à participer à ce débat, qui est l’occasion pour nous, candidats, de dévoiler davantage nos programmes aux Algériens», a-t-il estimé. Le candidat Abdelkader Bengrina, a été évacué, vendredi dernier, de son hôtel car ce dernier a été encerclé par des centaines de manifestants opposants au scrutin présidentiel. Bengrina, a minimisé le «caillassage» de son convoi à Aflou,.

Aujourd’hui  depuis le chef-lieu de cette wilaya du centre du pays, il a appelé à la libération des personnes arrêtées suite à cet incident, le minimisant ainsi : «L’on dit que le convoi de Bengrina a été encerclé, puis caillasse. Ce n’est pas un mensonge, environ vingt individus nous ont lancés des cailloux en nous insultant», a-t-il relaté. Et de lancer, «je n’ai qu’une seule demande à adresser aux services de sécurité : libérez les personnes qui m’ont lancé des cailloux !»

Car, selon lui, c’est le directeur du bureau algérien d’une chaîne de télévision, d’un pays du Golf, qui est derrière l’incident. Sans donner davantage de détails, ni sur l’identité de cette personne, ni le pays d’émission de la chaîne, Abdelkader Bengrina a préféré laissé l’image d’un candidat qui pardonne. Il a tout de même adressé un message à cet «instigateur» : «Si tu étais un homme, tu aurais rapporté la moitié de mon parcours lors duquel des centaines de personnes, enfourchant leurs chameaux, m’ont accompagné, en soutien aux élections», a-t-il notamment pointé.  Abdelkader Bengrina a mis l’accent, vendredi à El-Bayadh, sur l’impératif de gagner la bataille de la sécurité alimentaire pour préserver la souveraineté de l’Algérie. Bengrina a affirmé que «celui qui ne peut subvenir à ses besoins quotidiens en nourriture, ne peut être souverain dans sa décision», estimant nécessaire de «gagner la bataille de la sécurité alimentaire» pour préserver la souveraineté et la stabilité de l’Algérie : «L’Algérie n’est pas en mesure de subvenir à tous les besoins alimentaires du peuple en cas de crise», a-t-il mis en garde, lançant «nous ne parviendrons pas à tenir plus de trois mois. Il est temps, alors, d’assurer les besoins alimentaires du pays». Enfin sur le cas des détenus à El Harrach faisant partie de la «bande» Bengrina a promis de les châtier encore plus : «Si je suis élu à la tête du pays, je ne permettrai, en aucun cas, à la bande de sortir de prison, ni son retour au pouvoir», a-t-il fait savoir.

De la ville d’Oran, Abdelaziz Belaïd veut dégager out le monde. Il a affirmé que l’Algérie «a besoin, aujourd’hui, d’un dirigeant de la génération post indépendance parmi ceux qui ont les mains propres et la compétence nécessaire pour mener le pays à bon port», s’engageant à ouvrir de grands chantiers de réformes pour asseoir un Etat où le peuple constituerait la seule source du pouvoir. Belaïd a dit que l’Algérie a besoin, d’un dirigeant «qui n’a pas les mains sales par le détournement de fonds et qui jouit de l’expérience et de la compétence nécessaire pour mener le pays à bon port».

Selon lui, la génération post indépendance est appelée «à démontrer qu’elle est en mesure de porter et de rester fidèle au serment de l’Algérie», promettant l’ouverture «de grands chantiers de réformes avec la participation de tous en vue d’asseoir un Etat où le peuple constituerait la seule source du pouvoir».

Aussi considère-t-il que «sa réussite aux prochaines échéances sera celle de la démocratie et de la génération de l’indépendance», citant, entre autres priorités de son programme de réforme la révision de la Constitution, une Constitution «qui conviendra au peuple et non au Président», a-t-il dit. Enfin selon Belaid, l’Algérie «ne traverse pas une crise financière», car dit-il «elle dispose de tous les moyens pour réaliser la prospérité à son peuple».