Jamais depuis l’indépendance du pays, l’anniversaire du déclenchement de la guerre  l’indépendance n’a été célébré avec une telle ferveur populaire. Avec un égal élan, mélange de patriotisme, de fierté , de détermination et  d’espoir, des marées humaines  impressionnantes ont déferlé à travers les principales villes du pays pour réitérer leurs mots d’ordre, se réapproprier la légitimité historique confisquée et donner l’ultime  estocade  au système déchu qu’ils soupçonnent de velléités de retour , sous de nouveaux oripeaux  , à travers le scrutin présidentiel.

Alger, l’épicentre du séisme populaire qui a secoué le pays en ce 37e vendredi de mobilisation qui coïncide avec le  65e anniversaire du 1er  novembre 1954, a offert, en cette journée, un spectacle de fraternité, d’union populaire et d’espoir retrouvé jamais vécus et jamais égalés  dans l’histoire récente  du pays. Réceptacle de milliers de citoyens venus des différentes régions tenant à participer à ce qu’ils considèrent comme « la nouvelle bataille d’Alger », la Capitale a vibré de toutes ses entrailles , deux jours durant, au rythme  de la « partition révolutionnaire » imposée par le Hirak.

Ni les barrages filtrants, ni le froid,  ni le dispositif sécuritaire qui a quadrillé la ville,  ni les interpellations  opérées parmi les manifestants, n’ont eu raison de la détermination des manifestants  à faire leur « deux en un » révolutionnaire et à marquer d’une pierre blanche, cette journée qui restera, à coup sûr,  à jamais gravée dans les mémoires.

Parmi les manifestants qui ont passé la veillée du jeudi à Alger, ils sont nombreux ceux qui ont rallié, depuis leur région,  la capitale  à pied,  avalant plusieurs kilomètres et bravant les rigueurs de la météo  pour participer à cette journée qu’ils estiment historique.  Précédée par des manifestations nocturnes et l’opération vacarme  dite « Amehraz », ce 37e acte de la révolution du sourire a un cachet particulier et a été vécu dans les quatre coins du pays avec une certaine exaltation populaire  qui impose le respect.

Pacifiquement, en entonnant des chants patriotiques, en agitant le drapeau national et des pancartes diverses, en scandant des slogans hostiles au régime, les manifestants ont donné une belle image d’un peuple qui veut se réapproprier sa souveraineté confisquée et se donner le destin qu’il mérite.

Malgré  la vigilance des policiers qui veillaient au grain, le drapeau amazigh injustement excommunié des manifestations, a flotté en ce 1er novembre  dans le ciel d’Alger. Comme pour signifier que lui aussi fait partie des symboles de l’unité du peuple algérien.  « Awwel novembèr,wa chaâb iqarar !», « Istiqlal !», « Non aux élections avec les îssabat ! », « Adala hourra moustaqila », « Libérez les détenus d’opinion», « Etat civil, non militaire ! », « Imazighen !», « Les généraux à la poubelle ,El-Djazaïr teddi el istiqlal ! »… ont scandé en boucle les manifestants qui ont brocardé, à l’occasion, avec une certaine verve tous les symboles du système. Sans violence, à la Ghandi, les Algériens ont décidé de tourner définitivement la page du système qui a spolié l’histoire, les richesses et le destin du pays.

Comme à Alger, dans la majorité des grandes villes du pays, à l’exemple de Bejaïa, Tizi-Ouzou, Bordj- Bou Arréridj, Sétif, Bouira,Annaba, Constantine….c’es le même panorama d’engouement et de liesse populaire pour hâter la naissance de la nouvelle Algérie, telle que rêvée par les Chouhadas.

Des marrées humaines composées d’hommes, de femmes et d’enfants sont sorties  dans plusieurs villes, avec le même enthousiasme pour dire que le soulèvement du 22 février n’a pas encore donné tous ses fruits et que la pression devrait être maintenue jusqu’à la concrétisation totale de tous les  mots d’ordre soulevés depuis le début de la révolution du sourire.

A noter que dans certaines wilayas, les festivités commémoratives officielles  prévues pour ce 65e anniversaire du 1e novembre 1954,  ont été annulées en raison de la pression populaire.