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Crise politique en Algérie: L’analyse de Robert Ford, l’ancien ambassadeur US à Alger

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L’ancien ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, Robert Ford durant dans les années 90 a dans une tribune intitulée «Algérie: le marteau et l’enclume» publiée par le journal arabe Echarq Al Awsat, paraissant à Londres conseillé aux responsables algériens de ne pas se précipiter pour organiser une élection présidentielle. Selon lui que la commission de dialogue qui tente d’élaborer un plan d’élection acceptable pour le peuple algérien «se situe entre le marteau de l’armée et l’enclume du mouvement de protestation de rue (les Algériens l’appellent le hirak)».

Robert Ford note dans son texte que l‘institution militaire «n’accepterait aucune condition de la part de la nouvelle commission du dialogue ou du mouvement de protestation hirak avant le début du dialogue», indiquant que le chef d’Etat-major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah a «promis de ne pas libérer les manifestants arrêtés, de continuer à interdire le port de la bannière amazigh et de continuer à déployer les forces de sécurité en marge des manifestations».

Pour lui, le plus important pour Gaid Salah, est «que des élections présidentielles soient organisées dans les meilleurs délais sous l’autorité du gouvernement en place». Poursuivant son analyse, Robert Ford estime qu’il «est important de noter que l’armée et le hirak ont des faiblesses». Selon lui, «le hirak n’a pas de leader clair» et «le nombre de manifestants dans les rues tous les vendredis et mardis a diminué. Une autre raison est qu’après six mois, le mouvement de protestation n’a pas réussi à faire chuter le régime».

 Réagissant à l’appel des manifestants pour une désobéissance civile, Ford croit pouvoir affirmer que «l’adoption de cette stratégie intensifierait la confrontation entre l’armée et le hirak». Or que cela n’est pas évident à réaliser car «beaucoup d’Algériens se souviennent encore de la décennie noire des années 90 et n’ont donc pas encore trouvé d’accord au sein du hirak sur la désobéissance civile» a-t-il ajouté.

A la fin de sa contribution, l’ancien ambassadeur s’est demandé quels étaient les scénarios possibles et quelles seront les capacités des deux clans,-hirak et autorités-, à arriver à une entente.

Dans ce sens, il souligne que «les Amis de l’Algérie espèrent que ce pays, qui a des histoires, des caractères et des talents culturels différents, peut éviter le suicide politique. Partout dans le monde, on se rend compte que dans la confrontation jusqu’à présent, les deux parties ont fait preuve de retenue».

 Toutefois, il pose une série de questions sur la possibilité que l’Algérie évite un scénario de violence et se demande si «la commission de dialogue peut être utile, mais Gaid Salah acceptera-t-il d’offrir des concessions au mouvement de protestation afin que la commission de dialogue gagne en crédibilité auprès du hirak ? Les politiciens et les penseurs algériens peuvent-ils élaborer un plan politique dans lequel la population a confiance?».

Robert Ford conclut son propos en affirmant qu’en cet été chaud, quand j’observe l’Algérie, j’aime bien le dicton arabe: «dans la précipitation, il y a du regret et délibérément, il y a de la sécurité».

 Robert Ford estime qu’il n’est pas possible d’émettre un quelconque pronostic s’agissant de l’issue du bras de fer entre le chef de l’armée et les manifestants. Pour le diplomate américain, il est donc déconseillé d’imposer une élection présidentielle sans satisfaire au préalable des conditions politiques qui vont garantir un dialogue «serein et inclusif».

Une telle option s’apparente d’après lui un à «suicide politique». Ford estime que tous les «amis» de l’Algérie; «un pays riche dans sa diversité culturelle» de par le monde, apprécient que les deux partie «ont su jusque-là éviter l’affrontement». Mais il se garde bien de se projeter sur l’avenir d’autant plus que, selon lui,  «Gaid Salah rejette toute idée de faire des concessions, alors même, appuie-t-il, «les deux partis (FLN et RND) qui le soutiennent appartiennent à l’ancien régime n’ont aucune crédibilité et ne disposent pas de bases populaires».

 Ford rappelle que le panel du dialogue a refusé de rencontrer les responsables de ces deux partis et relève une «dualité» du discours entre le chef de l’armée et le président de l’Etat Abdelkader Bensalah. Il en veut pour preuve que Bensalah avait accepté les préalables du panel pour l’ouverture du dialogue, libération des détenus, allègement du dispositif de sécurité, liberté de manifestation…) alors que Gaid Salah, dira t-il dans sa cntribution,  a rejeté fermement de céder sur quoi que ce soit.