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Le professeur Mebtoul répond à Mouloud Hamrouche

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J’ai lu avec une extrême attention l’intéressante contribution parue dans El Watan de Monsieur Mouloud HAMROUCHE ancien chef de gouvernement du feu président CHADLI posant la problématique de la bonne gouvernance, qui a le mérite de recentrer le débat, déjà ancien que j’ai développé depuis la fin des années 1970, (ma  thèse de doctorat d’Etat 1974) et dans trois ouvrages  l’un en 1980 (OPU Alger) , les autres entre 2000/2005 (Casbah Éditions et Dar el Gharb) en langue nationale, en anglais et en français . Personne n’ayant le monopole du patriotisme à différencier du nationalisme chauviniste étroit source d’intolérance, d’où l’importance d’un débat serein  qui engage l’avenir de l’Algérie qui  a un répit de trois ans, ne souffrant pas d’une crise financière mais d’une crise de gouvernance. Mais cette crise de gouvernance risque de se  transformer en crise financière  horizon 2022, si l’on ne change pas de cap,  interpellant pas  seulement l’Economique mais le Politique  et toute la société, rendant urgent une mobilisation générale, tolérant nos différences,   pour faire face aux nombreux défis géostratégiques et socio-économiques.  L’économie est fondamentalement politique, comme nous l’ont enseigné ses fondateurs, notamment Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx, Joseph Schumpeter et plus près de nous les prix Nobel en sciences économiques attribués aux institutionnalistes entre 2000 et 2017. Dans de nombreux écrits parus dans al presse nationale et internationale, j’ai souvent attiré l’attention  des différents autorités du pays de 1970 à ce jour sur  l’urgence d’un renouveau de la gouvernance (voir nos ouvrages OPU-1980). La dialectique entre le Politique, le Militaire, le Social, le Culturel et l’Économique est la résultante du produit historique pas seulement de la période actuelle mais de la période coloniale aux politiques de 1963 à 2018 et tout projet  est forcément porté par des forces sociales, souvent avec des intérêts différents. En démocratie, les urnes tranchent sur les projets de société et a minorité politique se soumet à la volonté de la majorité tout en demeurant une force de proposition. Comment ne pas rappeler ici que par le passé de 1980 à ce jour (1), j’ai eu l’honneur de coordonner plusieurs ouvrages pluridisciplinaires, ayant abordé les réformes politiques, sociales et économiques, fruit d’un travail collectif à la rédaction desquels ont contribué des experts  spécialistes en anthropologie, en économie et en sciences politiques,  des praticiens et  des universitaires des différentes universités du pays. Ces travaux sont aujourd’hui d’une brulante actualité  s’inscrivant  en partie dans la tradition déjà bien établie des travaux de transitologie traitant des expériences des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc socialiste, analysant les différentes politiques élaborées et exécutées en guise de réponses aux grands défis internes et mondiaux (voir quelques uns de nos travaux – références ci jointes ).

La contribution de  Mr Mouloud HAMROUCHE  sur la bonne gouvernance  implique de se poser les cinq questions suivantes :

a. Différencier nettement  Etat, l’Algérie éternelle des Numides à ce jour et régime transitoire

b. Eviter une analyse figée de l’Etat standard alors que depuis 1970, la mondialisation a largement influencé la nature des Etats et des régimes ; un exemple la frappe de la monnaie qui relevait des Etats en Europe a été transférée à la banque européenne et des pays africains utilisent le franc CFA

c. Eviter une analyse mécanique qui ne prend pas nettement en compte les facteurs culturels, les composantes sociales, les différents rapports de forces pour le partage de la rente, n’existant pas d’Etat standard mais que des équipements anthropologiques évoluant dans le temps qui façonnent à la fois les Etat et les régimes

d. L’auteur il ya quelques temps, ancien officier de l’ANP s’est adressé directement à l’ancien responsable de la DRS et à l’actuel chef d’Etat major de l’ANP. Rappelons, que la majorité des dirigeants algériens ont été des militaires,  donc issus de l’ALN/ANP, feu Boumediene, Chadli, Ali Kafi, Zeroual et son Excellence Mr Abdelaziz Bouteflika ancien commandant de l’ALN. L’Amérique latine étant souvent cité, la place de l’armée et des forces de sécurité qui ont une influence même dans les pays développés ( s’étant adapté aux nouvelles mutations mondiales ( voyez le rôle de la CIA, du KGB, du 2ème bureau , des services de sécurité chinois ect..) devant  préciser que le feu président USA  Buch étant patron de la CIA et le président Poutine un des patron du KGB. Il ne faut pas  être utopique donc, une analyse opérationnelle  et objective implique  de saisir  l’évolution historique du  rôle   de l’ANP et des services de sécurité algérien  depuis  de la déclaration de novembre  1954  ce jour.

e. Outre les instituions crédibles, facteur de transparence qui effectivement sont stratégiques pour un développement durable  que l’auteur développe parfaitement , que qu’il  fasse  propositions concrètes de sortie de crise : face à la quatrième évolution mondiale qui se dessine inéluctablement que sera l’Algérie horizon 2030 ?

-Car en ce XXIème siècle, il s’agit de bien -différencier Etat – Algérie éternelle  et régime transitoire.

 L’Etat est un territoire avec une population et un gouvernement établi et la mondialisation est un processus d’ouverture des économies à l’échelle mondiale qui s’accélère avec la modernisation des transports et des moyens de communication et qui consiste en la multiplication des échanges. En ce XXIème siècle, pour le cas algérien , il ne pas se tromper de cibles et être utopique, sa construction doit tenir compte  des réalités de ce monde dont la nature a profondément  changé : un exemple la politique monétaire qui était dévolu à l’Etat en Europe est menée par la commission de Bruxelles posant la problématique du nouveau mode de gouvernance  étant dans le cadre de l’interdépendance  et donc  l’adaptation de tout  un Etat  à la mondialisation. Comme le note justement  le professeur Pierre-Noël Giraud de l’école des mines  de Paris, expliquant  comment les trois globalisations « entreprises, capitaux et information au sens large  débouchent sur une compétition générale entre les hommes, les pays, les firmes. Cette ouverture crée d’immenses inégalités (notamment entre les individus ( compétitifs  et les  protégés ) rendant  urgent de « repousser en permanence les limites de la sphère de la marchandise au profit de la sphère publique, au profit donc d’un certain nombre de droits et de biens collectifs… la gouvernance mondiale paraissant  à la fois nécessaire et impossible, proposant  non pas de créer de nouvelles institutions formelles, mais plutôt « un grand marchandage planétaire où l’on discute à la fois de commerce, de droits de propriété, de finance, de migrations, de lutte contre la pauvreté, d’environnement ». Le régime politique désigne l’organisation des pouvoirs et leur exercice au sein d’une entité politique donnée. Ce terme renvoie donc à la forme institutionnelle du pouvoir mais aussi à la pratique découlant de cette forme institutionnelle. Il dépasse l’étude constitutionnelle (qui analyse les structures formelles d’un État) mais n’est pas non plus à confondre avec l’étude des systèmes politiques   (qui est le mode d’organisation d’un Etat  ). L’exercice du pouvoir est très important, car tout en ayant la même forme institutionnelle, des régimes politiques peuvent se distinguer en fonction de la pratique de l’exercice du pouvoir. Nous avons  des régimes  totalitaires,  et des régimes dits démocratiques, la démocratie étant historiquement datée tenant compte des anthropologiques culturelles comme l’a démontré brillamment Amara Sen prix Nobel de sciences économiques présidentiels, semi présidentiels et des régimes  parlementaires , ce dernier étant est un régime politique fondé sur une séparation souple des pouvoirs, contrairement au régime présidentiel où la séparation est stricte. Dans le régime parlementaire, le gouvernement qui incarne le pouvoir exécutif, peut être renversé par le parlement devant lequel il est politiquement responsable. Les membres du Gouvernement ne sont pas élus, mais sont issus de la majorité parlementaire à laquelle ils doivent leur pouvoir. Le pouvoir de renversement peut être réciproque lorsque l’exécutif (le chef de l’État) dispose de la faculté de révoquer le Parlement (pouvoir de dissolution), Si le Gouvernement est responsable à la fois devant le Parlement et devant le Chef de l’État, le régime parlementaire est dit « dualiste ».  La différenciation Etat / régime politique est issue de l’analyse de Marx dans le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte qui montre que le régime politique incarnant l’Etat à un moment donné peut se constituer contre la bourgeoisie et s’appuyer sur la classe moyenne. La bourgeoisie délègue ses pouvoirs politiques pour conserver l’essentiel : les rapports de production capitalistes. Ainsi, et Marx en fait une brillante démonstration le régime politique apparait au-dessus des classes alors que la nature de l’Etat reste capitaliste. C’est une la définition abstraite de l’Etat, pour appréhender le régime politique qui représente la forme de l’existence de l’Etat. Il s’agit donc de deux niveaux d’abstraction différents, mais qui ne se conçoivent pas l’un sans l’autre,  la politique étatique qui correspondant  aux nécessités de l’accumulation du capital et  de sa valorisation. Pour apparaître légitime, un gouvernement doit satisfaire quelques revendications de la société,   être perçu comme le garant des acquis, par l’intermédiaire de lois et donc du développement du droit

 Effectivement l’Algérie comme je l’ai rappelé souvent en ce mois de janvier 2019  traverse avant tout une crise de gouvernance  ce qui implique  d’avoir une vision stratégique de l’Algérie horizon 2020/2030 du devenir de l’Algérie. L’Algérie a toutes les potentialités pour dépasser les tensions budgétaires actuelles  mais pour paraphraser  les  militaires  devant s’attaquer à l’essentiel et non au secondaire afin de ne pas  se tromper de cibles. Il existe une loi en sciences politiques : 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80%.  Mais 80% d’actions mal ciblées ont un impact seulement de 20%. Espérons comme je l’ai suggéré  déjà en 2016 lorsque j’ai été invité comme personnalité nationale au moment de la révision de constitution, un large front social tolérant les différences, personne n’ayant le monopole du nationalisme, une grande conférence nationale pour tracer les perspectives futures de l’Algérie. Je me félicite que cette proposition  ait été retenue par la suite tant par les partis du pouvoir que de l’opposition.

Mais pour éviter les susceptibilités et les guerres de leadership de certains partis,  au détriment de l’intérêt général, cette conférence, souhaitable après l’élection présidentielle,  devrait être chapeauté par  un collège restreint de sages « indépendants » au sein d’une institution neutre. Car  le défi de l’Algérie est l’alternance démocratique et une économie de marché concurrentielle à finalité sociale  tenant compte de notre authenticité, afin d’arriver à une économie diversifiée hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales avec l’avènement de la quatrième révolution économique mondiale 2020/2030 qui risque de provoquer d’importants bouleversements géostratégiques qui auront un impact sécuritaire, politique, économique, culturel  et social  sur  le devenir  de l’Algérie.  Pour dépasser l’entropie, et trouver des solutions réalistes,  il s’agit  de réaliser  un bilan serein de tout ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire pour corriger les erreurs du passé et ce par un langage de vérité loin de toute sinistrose, une visibilité et cohérence dans la démarche des réformes et une nette volonté politique de changement. Les décennies qui ont marqué la vie politique et économique de bon nombre de pays du tiers monde, qui malgré des ressources naturelles considérables n’arrivent pas à asseoir une économie diversifiée dans le cadre des valeurs internationales, dont l’Algérie, me réconfortent aujourd’hui dans ma conviction, qui consiste à dire que le développement n’est pas une affaire de quincaillerie industrielle, de signes monétaires, tant par l’importance des réserves de change, ou de dépenses monétaires, sans se soucier de la bonne gestion – dépenser sans compter – et de la démocratisation. L’Algérie ne peut revenir à elle même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale.  L’Algérie n’a pas d’autres choix que d’accélérer les réformes structurelles, microéconomiques et institutionnelles, condition de la stabilité macroéconomique, sociale et politique, si elle ne veut pas épuiser ses réserves de change courant 2022, et donc  rétablir comme symbole de la réussite le travail et l’intelligence, posant la problématique des liens dialectiques entre moralité , la lutte contre la corruption qui  devient un danger pur la sécurisé nationale, à ne pas confondre avec les erreurs de  gestion afin de ne pas démobiliser les managers  et  le développement. L’Algérie pays pivot au sein de la  région, à fortes potentialités, sous réserve d’une nouvelle gouvernance  et de la correction de la trajectoire socio-économique a les possibilités d’éviter le retour au FMI horion 2022, ce qu’aucun  patriote ne souhaite.