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Impulsion politique pour le développement de la finance islamique en Algérie

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Bien que de multiples annonces prévoyaient que trois banques publiques algériennes allaient offrir des solutions conformes à la finance islamique avant fin 2017, seule la Caisse Nationale d’Epargne et de Prévoyance (CNEP) a lancé en novembre 2017 un produit de financement immobilier islamique.

Par Ezzedine GHLAMALLAH

Malgré ce contretemps, Algérie Presse Service (APS) rapporte que l’actuel ministre Algérien des Finances, Abderrahmane Raouia, a récemment affirmé que d’autres produits participatifs proposés par la Banque de Développement Local (BDL) et la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural (BADR) seront lancés au cours du premier semestre 2018. Rappelons qu’à l’instar de la CNEP, la Banque de Développement Local (BDL) propose déjà depuis 2016 un compte d’épargne sans intérêt. Le ministre a par ailleurs indiqué que les autres banques publiques devaient lancer leurs produits participatifs au cours du second semestre. L’agence indiquait également le 14 février dernier qu’une instance de contrôle, dont la Banque d’Algérie et le Haut Conseil Islamique seraient parties prenantes, allait être mise sur pieds pour accompagner les opérateurs et le développement du marché.

Du côté de la Bourse d’Alger le travail d’implantation de la finance islamique et de ses instruments suit son cours : la place développe actuellement des structures et des montages permettant l’émission de Sukuk (certificats islamiques) dans le but d’être pleinement opérationnelle une fois le cadre légal défini. Rappelons que d’après ICD & Thomson Reuters le marché mondial des 2438 Sukuk en circulation valait 345 milliards de $ en 2016 et doit dépasser à horizon 2022 la barre des 600 milliards de $.

L’ensemble de ces mesures doit permettre à l’Algérie de mieux financiariser son économie affaiblie par des exportations insuffisantes et le poids du marché informel. L’utilisation des Sukuk et la création d’une offre grand public remplissent le même objectif de financement de l’économie algérienne, leurs contributions à l’atteinte de cet objectif ne s’effectuent cependant pas de la même manière mais restent néanmoins complémentaires.

Non seulement l’utilisation des Sukuk va permettre à l’Algérie de diversifier ses sources de financement externes en lui donnant accès aux investisseurs institutionnels islamiques, mais elle va aussi contribuer au financement de ses entreprises nationales qui pourront, une fois que le marché sera mature, trouver en ces titres hybrides participatifs une solution de financement à leurs problématiques de trésorerie sans pour autant passer par une introduction en bourse ou avoir recours à des émissions obligataires.

Quant à l’offre de produits bancaires grand public, elle aura pour premier effet de soutenir le marché de l’immobilier et de la construction grâce à l’octroi de nouveaux crédits. Grâce à la mise sur le marché d’une offre grand public de comptes d’épargne sans intérêts et/ou participatifs, les banques arriveront à drainer de nouvelles ressources dormantes thésaurisées hors circuit bancaire ou en circulation sur le marché informel.

Le 12 mars dernier, le Fond Monétaire International indiquait dans un communiqué de presse que l’Algérie avait intérêt à consolider sa situation budgétaire sans avoir pour autant recours au financement monétaire de la banque centrale. Dans cette optique, le FMI préconisait de recourir à un large éventail d’instruments de financement, notamment l’émission de titres de dette publique et idéalement d’emprunts extérieurs pour financer des projets d’investissements bien choisis.

Il y a donc fort à parier que l’Algérie va émette un Sukuk souverain dans un avenir proche et que le développement de la finance islamique s’accélère.

Ezzedine GHLAMALLAH, Consultant co-fondateur de SAAFI, cabinet de conseil spécialiste de la distribution et de la conception de solutions Takaful et de finance islamique. Il conseille les institutions et organisations désireuses de structurer des projets d’assurance Takaful ou de finance islamique. Il conçoit des solutions Takaful pour le marché européen et a mené des études de faisabilité pour des banques et des compagnies d’assurance afin de mettre en œuvre l’assurance Takaful famille en Afrique du Nord. Il est diplômé de l’Université de Strasbourg où il a obtenu un Exécutive MBA en finance islamique, de l’Université d’Aix-Marseille où il a obtenu un Master en Finance, Comptabilité, Fiscalité et Patrimoine, et licencié de l’École Nationale de l’Assurance de Paris en Assurance Banque Finance. Avant de créer SAAFI en 2014, il a acquis 10 années d’expérience dans le domaine bancaire et assurantiel. Aujourd’hui, il enseigne la finance islamique et le Takaful à l’Université dans les villes d’Aix-Marseille, Cergy Pontoise, Dijon, Mulhouse et Strasbourg.