Les observateurs les plus attentifs à la scène politico-militaire de ces derniers jours semblent perplexes devant l’énormité des événements survenus, condensés dans l’espace et le temps, déroulés à une vitesse qui ne laisse que peu de temps pour l’appréciation et l’analyse froide.

 Il y a quelques jours, notre consœur Leslie Varenne, directrice du Centre d’Etudes des Relations internationales et stratégiques, grande spécialiste de l’Afrique et critique lucide des événements de la région, nous faisait cet aveu : « J’ai bien peur que le big reset ne commence par la région maghrébo-saharienne ». Et c’est ce qu’avait eu lieu réellement.

 Le mot est lancé : le big reset. Qu’est-ce que c’est concrètement ? En français « grande réinitialisation », le big reset est un concept économique généré par le directeur du WEF, Klaus Schwab, et né lors du Forum économique mondial (WEF), organisé vers avril-mai 2020 pour reconstruire l’économie de manière durable après la pandémie. Le COVID-19 avait fait des ravages dans l’économie des pays puissants, et ces pays voulaient « remettre les compteurs à zéro », tout « réinitialiser » en quelque sorte. En fait la stratégie cache mal des arrière-pensées politiques et militaires, parce que le big reset englobait tous les domaines et tous les segments de la vie des Etats et des nations.

    Les événements ont immédiatement pris un tour rapide et inattendu. Jugez-en : normalisation des Emirats arabes unis avec Israël, remise en liberté curieuse au Mali de 203 terroristes dans un ébouriffant échange initié sur proposition de la France, ambassade émiratie à Dakhla dans les territoires sahraouies occupées, visite du chef de la diplomatie française Yves Le Driant au Maroc à la veille de l’attaque surprise marocaine, événements de Guergarat, déclaration de guerre du Front Polisario contre le Maroc, rencontre mi-secrète entre Natanyahu et BMS en Arabie Saoudite ( du jamais vu dans les annales historiques arabes depuis 14 siècles !), condamnation de l’Algérie par le Parlement européen à Bruxelles, normalisation annoncée du Maroc, reconnaissance de Trump de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidentale, en guise de cadeau d’adieu au vaste monde arabo-musulman, contrordre à l’Africom pour rester sur place au Sahel, nomination du « faucon va-t’en guerre », Llyod Austin à la tête de la Défense sur proposition de Joe Biden.  

 Les événements pris « à l’individuel » peuvent dérouter le plus perspicace des observateurs, mais mis les uns à côté des autres, ils livrent un tableau d’ensemble clair. Agissant comme le schéma d’un puzzle, c’est l’ensemble, et seul l’ensemble, qui peut livrer le secret des images.

 Le « big reset » a été le fait des « élites financières mondiales » ; rien n’a été le fruit du hasard, tout a été planifié. Chaque événement avait sollicité l’intervention d’une foule d’acteurs. Prenons le rapprochement Maroc-Israël ;   beaucoup d’acteurs ont joué à fond le jeu pour qu’il aboutisse : le Mossad, Trump, depuis quatre ans, le B’nai B’rith, et Serge Berdugo, chef de la communauté juive au Maroc et ministre itinérant de Sa Majesté Mohamed VI.

Le coronavirus n’a été qu’un prétexte, car à bien y regarder, il a été, depuis neuf mois, que ce soit en Algérie, en France, aux Etats Unis ou ailleurs dans le monde, bien moins meurtrier que le cancer, le diabète…ou les accidents de route.

De ce fait, lorsque Le NYTimes déclare que le « Grand Reset » est une « théorie du complot » le même jour où le Forum économique mondial le célèbre/La « quatrième révolution industrielle » dystopique sera très différente de la première », on a toutes les raisons du monde de croire que la révolution n’est pas qu’industrielle.