Les Forces militaires françaises au Sahel de plus en plus contestées: Et si on revenait aux accords de Tam ?
Armée française au Mali

« Barkhane », qui avait remplacé au pied levé « Serval », est de plus en plus contestée. Cette Force militaire française opérationnelle a certes enregistré quelques succès médiatiques, mais sur le terrain, rien n’a changé; bien au contraire, on a la nette impression que le terrorisme se dilue vers l’Ouest africain avec toujours plus de pays mis sous tension sécuritaire.

Dans une interview accordée à Sputnik, le docteur Adal Ag Rhoubeid, fondateur du Mouvement démocratique pour le renouveau et candidat à la prochaine élection présidentielle au Niger, estime que « la présence des forces françaises justifie idéologiquement la pertinence du combat des djihadistes en leur permettant de recruter dans les rangs d’une jeunesse désœuvrée ». Concernant Barkhane, il  «La présence de Barkhane a apporté des résultats ponctuels indéniables en permettant notamment de neutraliser certains chefs djihadistes » ; toutefois, au plan opérationnel rien n’a changé, et la mort des « têtes d’affiche » du terrorisme n’est souvent qu’un coup d’éclat médiatique sans effet sur le terrain des opérations. De plus, les groupes armés « s’alimentent » de la présence des contingents étrangers dans le désert.

Aussi, « un transfert de la mission de Barkhane au G5 Sahel me paraît effectivement urgent. Il faut qu’il y ait une plus grande implication des armées locales dans la lutte contre le terrorisme dans notre région. Pour le moment, hélas, le G5 ne semble pas être très opérationnel du fait que les moyens promis n’ont pas suivi. », a-t-il fait savoir.

C’est justement dans cette perspective que les accords de Tamanrasset de 2012 qui définissaient les missions et les attributs d’une armée régionale dotée d’équipements et d’une logistique efficiente d’une véritable armée moderne ; une armée composée des pays dits du champ, soit l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie.

L’Egypte avait été invitée, de même qu’une porte avait été laissée ouverte pour l’adhésion du Maroc. Avec un effectif de départ de 5000 soldats, elle ambitionnait d’atteindre 75 000 soldats.

Le plan avait été mûrement pensé, et, après des réunions des états-majors des armées des quatre pays, dont l’avant-dernier à Bamako, puis un dernier à Tamanrasset, il a été décidé de créer un mécanisme commun pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, et un nom avait été donné à ce mécanisme de combat : Comité d’état-major opérationnel conjoint, le Cemoc, dont la base serait à Tamanrasset.

L’Algérie devait être la locomotive de cette armée régionale superpuissante, pour sa logistique, son renseignement et son capital expérience ; mais le plan d’attaque franco-atlantiste contre Kadhafi, la décomposition de la Libye, la rébellion au Nord-Mali au moment du retour du millier de soldats maliens de Triploi et le flux des groupes djihadistes qui ont essaimé dans tout l’Azawad avaient fait échec aux accords de Tam. « Serval », puis « Barkhane » sont venus porter le coup de grâce à la seule riposte militaire qui pouvait être efficace. Depuis lors, les choses n’ont fait qu’empirer au Sahel, avec en bonus, une plus grande expansion du terrorisme djihadiste qui a touché le Nigéria, le Sénégal, la Guinée et le Burkina Faso.

Aujourd’hui, avec le retrait annoncé des Américains du Sahel, « Barkhane » serait dans l’incapacité d’y faire face seule. Les supplications que Paris fait à Washington pour y demeurer et continuer à l’appuyer renseignent sur le désarroi français. De même, le G5-Sahel est aussi dans la totale incapacité de faire face au terrorisme, n’étant ni expérimenté ni équipé pour atteindre ses objectifs. D’où, aujourd’hui, la résurgence de plus en plus admise d’un retour vers les accords concoctés à Tamanrasset, qui avait été choisie pour être le QG de cette armée opérationnelle.