Référendum: une Campagne Électorale à sens unique ?
Badis Khenissa

Le 07 Octobre 2020 marquera le top départ de la campagne électorale ou dois-je dire de sensibilisation, relative au référendum sur la nouvelle constitution, dont les pourtours ont été révélés par l’ANIE (Autorité Nationale Indépendante des Elections). Une structure chargée en exclusivité de la préparation, l’organisation, la gestion et la supervision des élections et des référendums.

Un projet de Constitution dit inclusif dans sa phase de PMA – Procréation  Moyennement Assistée- mais vraisemblablement exclusif dans sa phase de campagne référendaire, que l’opinion y soit favorable ou défavorable d’ailleurs ! Une Constitution supposée être le fer de lance d’un Etat de droit, le levier adéquat pour ériger les bases saines et solides d’une démocratie participative aux réflexions collégiales.

L’ANIE a donc établi des règles pour délimiter le périmètre d’intervention lors de cette campagne électorale, des critères, ma foi, discutables, incompréhensibles et très regrettables, qui risquent  d’entacher maladroitement, la promesse de campagne du Président de la République et à fortiori, faire du rapport referendum/peuple, un oxymore ! En d’autres termes, on cherche la pluralité de l’opinion mais on propose qu’un seul canal de regard !

En effet, réduire l’animation de cette campagne à une catégorie très succincte d’acteurs politiques, constitue  une hérésie démocratique ! Une Campagne référendaire se doit d’être une agora politique consensuelle, structurée et responsable, inclusive, au brassage large des idéologies et des courants, qui s’accordent à minima sur les fondamentaux : la préservation de l’état nation et l’émergence de la pensée majoritaire, mais également et surtout minoritaire du peuple, dans le débat public !

Or, établir des semblants de stratagèmes illustrés par des modalités d’éligibilité à pouvoir porter sa voix et incarner une tendance approbatrice ou pas ; en préface de ce référendum qui se veut être en théorie l’ébauche d’une nouvelle ère démocratique, ne peut que nuire au dessein d’un grand projet salutaire et hors sentiers battus dont l’Algérie en a grandement besoin.

Accorder le privilège de participer  à seulement les partis politiques disposant d’un groupe parlementaire au niveau des deux chambres  ou des sièges au sein des Assemblées populaires locales dans au moins 25 wilayas, forme une insulte au bon sens politique. Une démarche en offshore de la réalité que vit le peuple algérien et son jugement juste, à l’égard d’un parlement longtemps caisse de résonance d’un régime Césariste déchu.

Ce même parlement sensé aujourd’hui prendre son bâton de pèlerin et promouvoir ou pas – rarement-  un projet de nouvelle constitution, véritable tournant de la vie du pays et grande avancée politique, qu’on doit juger au menu.

Un réacteur politique efficient a besoin de combustibles non polluants, symbolisés par  toutes les forces vives citoyennes et politiques. Qu’elles soient, existantes et incorruptibles par le passé,  ou émergeantes aux idées neuves,  qui ne traînent ni casseroles ni passé douteux, encore moins décriées ou rejetées!

Une démarche hors sol, que j’ose espérer être le fruit d’une maladresse imputable à l’inexpérimentation démocratique dans une démocratie à en devenir, conjuguée à l’immaturité de l’exercice politique encore au stade embryonnaire. Des tares délibérées ou convulsives que nous devons y remédier immédiatement sans relâche et sans économie d’effort, de façon durable et effective.

Réconcilier la République avec la démocratie, avec l’inclusion, avec le peuple donc avec le succès exige une rigueur implacable et un engagement sans faille en parfaite osmose avec les attentes du peuple algérien. Réinventer une nouvelle Algérie après le 22 février 2019 demande une cohérence de tous les instants car en définitif, on peut facilement et à souhait, tordre la vérité mais jamais la morale !

Badis Khenissa