Par Yazid Haddar, Psychologue

Il n’est plus question de révision de texte, mais du contexte ? En effet, s’il y a une chose dont tous les présidents algériens se convergent: c’est la révision de la constitution ! Chacun a eu sa constitution, la phrase répondue par nos concitoyens! Le texte est souvent loin de la réalité.

C’est une aspiration ou une espérance ! Enfin, ni l’un, ni l’autre ! Il s’agit bel est bien d’un éternel recommencement ! Je ne veux pas être pessimiste, ni nihiliste, qui broie du noir, mais j’aimerai être programmatique.

Y a-t-il du changement dans la nouvelle constitution? Un statut pour notre civilisation pour donner une place à notre langue ! Si nous avons respecté le contexte de notre société, dès l’indépendance cette question ne devrait pas être posée, car elle devrait être intégré dans la constitution dès l’indépendance !

 La question des libertés individuelles, la déclaration du 1er novembre est claire à ce niveau, le respect des libertés individuelles, sans aucune contrainte religieuse ou dogmatique, est inscrit dans cette déclaration. 

 Depuis, est-ce qu’il y a eu réellement un changement ? Je ne le pense pas, c’est pire maintenant, la place accordé à l’autre, comme entité et non pas uniquement comme personne, de respecter sa pensée, sa religion, etc., sont devenues limitées dans les espaces citadines, où elles sont exercées uniquement dans des espaces privés.

Peut-on imaginer un jour un chrétien ou un juif algérien qui exerce son culte sans être considérer, comme une menace à la cohésion sociale ou à la sécurité de l’Etat?

Y a-t-il une supériorité de religion sur une autre ou une supériorité des libertés sur une autre, dans une république, et en occurrence, dans l’Etat de droit ?

Non, la constitution le dit, mais les institutions ne font rien pour que les pratiques évoluent. Pis, elle renforce la sélection culturelle, c’est-à-dire en renforçant une culture sur le dos d’une autre. Comment peut-on expliquer les fermetures des églises, sous prétexte qu’ils sont manipulés, par qui ? Pourquoi ? Une évolution constitutionnelle c’est celle qui accorde une place aux minorités, c’est celle qui accorde la place aux libertés, et que ces libertés ne doivent pas s’arrêter lorsque la liberté de l’autre commence, mais cette liberté est légiférée par la loi et non pas par la liberté de l’autre.

Un simple bisou de deux jeunes adolescents dans un documentaire est perverti comme un acte sexuel, or c’est un acte d’affection et d’amour. Si nous souhaitons la liberté, celle-ci doit être un premier pas vers l’émancipation de l’individu ! L’individu doit respecter la loi et non pas telle ou telle morale religieuse ou cultuelle ! Et rien n’empêche que cet individu respecte sa religion ou sa morale, cependant, il ne doit en aucun cas l’imposer à l’autre, sous prétexte que c’est la limite de sa liberté !

Enfin, si nous voulons réellement construire une nouvelle république, on devrait en finir avec Ces phrases: « l’atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’instabilité de l’État, etc., », qui à l’origine d’emprisonnement de plusieurs de nos concitoyens (journalistes, défenseurs des droits, des jeunes, etc.), le système paternaliste devrait cesser pour céder la place à l’émergence d’une autonomie citoyenne, responsable de ses actes et de ses devoirs.

La loi devrait faire respecter l’ordre public ! La justice sociale, c’est une culture qui nécessite des années de pratiques et non pas uniquement une volonté politique. Un Etat de droit a besoin d’une intelligence collective et une culture citoyenne structurés dans des associations, des syndicats, etc., avec une liberté d’actions que l’Etat devrait renforcer et lui accorder une place dans son dialogue !

Au-delà des discours optimistes, la réalité est une autre, car une constitution se construit avec son peuple, qui lui donne un sens et qui épouse ses valeurs, il n y’ a que lui qui peut traduire le texte en acte quotidien, loin de la rhétorique et les calculs politiques. En Algérie nous avons besoin de construire tout, d’une nouvelle culture politique et à pratiquer la politique dans les partis, dans les associations, dans nos syndicats, etc.

C’est cet éveil citoyen qui pourrait rendre l’évolution démocratique possible et non pas l’inverse !