Par Yazid Haddar, psychologue, universitaire, Université Paris

Quand les religieux ont un avis sur tout, les scientifiques que font-ils ? Certains se confinent dans leur laboratoire, c’est-à-dire, dans leur recherche et d’autres essayent d’y répondre sans alimenter la polémique ! En effet,  il y a de quoi s’interroger ?

Djezzy Binatna

 Ces deux dernières décennies, nous assistons à une régression de la méthodologie scientifique et de son épistémologie, surtout au niveau des sciences humaines et sociales, qui sont malheureusement devenues l’annexe des sciences religieuses, dans l’enseignement et dans la recherche.

 Nous avons toute une panoplie d’anomalie qui creuse le faussé entre une méthodologie scientifique et une méthode inconsistante, voir parfois profane, en s’appuyant sur des textes religieux pour  justifier les phénomènes naturels et psychosociaux. Cette régression trouve ses racines dans l’arabisation hâtive et aveugle du système éducatif algérien, car la majorité des ces enseignants, n’avaient pas un cursus universitaire ou scientifique reconnu, ainsi ils n’étaient pas en capacité de transmettre un esprit scientifique dont ils ne possédaient pas !

 En conséquence, en perdant l’esprit de la rigueur scientifique et une méthodologie, nous avons produit certains esprits incapables de réfléchir en dehors du religieux. Il est important de rappeler que cet esprit scientifique a prédominé les trois décennies après l’indépendance et cette élite formée à cette époque a eu une formation de qualité et leurs recherches sont reconnues par leur pair.

  Cependant, la volonté des pouvoirs publics était déjà de faire taire les sciences humaines et sociales, qui était une source de perturbations pour le pouvoir gouvernant. Souvenez-vous de l’ex-président qui ne voyait pas l’importance d’enseigner les sciences humaine et sociales en 2008. D’ailleurs au cours de ses quatre mandats les instituts de recherches sociales et économiques ont été marginalisés et mis à l’écart.

 À la même période, les universités algériennes se sont multipliées comme des champignons, ce qui posent aujourd’hui un double problème: l’incapacité d’assurer un encadrement suffisant, quantitativement et qualitativement, et de l’employabilité des diplômés.

En effet, si l’algérianisation de l’encadrement scientifique et pédagogique en sciences économiques a permis à beaucoup de jeunes boursiers formés à l’étranger de s’intégrer dans les universités, elle a également introduit beaucoup d’hétérogénéité dans l’encadrement, due notamment à la diversité des lieux de formation, des langues et des cultures, des traditions théoriques et des cadres idéologiques et doctrinaux dans lesquels ont évolué les étudiants algériens formés à l’étranger (Ferfera et Mekideche, 2008).

 De plus, la généralisation de l’arabisation des enseignements en sciences sociales et humaines, à partir de la rentrée universitaire de septembre 1980, a eu pour effet de « démobiliser » l’encadrement initial, et de promouvoir de jeunes enseignants sans expérience de la pédagogie ni maîtrise scientifique achevée des disciplines qu’ils enseignaient.

La portée que les autorités politiques accordent aux religieux, me semble, renforce l’idée de la profanation de l’esprit scientifique, cependant, ils font triompher l’esprit religieux pour mieux le domestiquer ! Comment peut-on expliquer les invitations, à toute moment, de donner leur avis sur tout ce qui touche à le politique, l’économique, le social, l’éducatif et le culturel alors que ceux-ci ne font pas de leur champ de compétence ?

 On ne devrait plus s’étonner d’entendre des imams qui pestifèrent des propos moyenâgeux à des heures de grandes influences à des têtes disposées à accueillir leurs paroles, en racontant des balivernes sur le coronavirus ou sur les problèmes psychosociologiques, sur des troubles psychiatriques, phénomènes astrophysiques, etc., car le mal s’est déjà incrusté !