Juriste de formation, exerçant e le métier d’avocat depuis maintenant 40 années, Mehieddine Khelifa  est également  auteur d’un  ouvrage intitulé « Le manuscrit, histoire d’une famille juive en terre d’Islam »  et de nombreuses contributions traitant de politique internationale parues dans différents  titres  de la presse nationale.   Sa remise en cause du calendrier amagizh en vigueur depuis 1980, n’est pas passé inaperçue. Pour lui l’année 2020 du calendrier grégorien correspond à l’année 5170 du calendrier amazigh et non à 2970. Ecoutons-le

  L’Express dz :      Vous proposez  la révision du calendrier  amazgih  en vigueur  élaboré par Ammar Neggadi en 1980.  Que reprochez-vous à ce  calendrier ?

Mahieddine Khelifa : Monsieur Amar Neguadi a fait commencer le calendrier Amazigh à – 950 Av. J-c. Il s’est basé essentiellement sur le fait que le pharaon Shechnak 1er était berbère pensant que l’Egypte des pharaons ne l’était guère. Or, aussi bien la géographie, l’archéologie et la langue (parlée à l’époque dans ce pays) montre que cette partie de l’Afrique du Nord était également berbère. Pour ma part, faire démarrer le calendrier amazigh en 950 av. J-C. n’est pas logique car il ampute l’histoire des amazigh de plusieurs siècles et érige une frontière entre l’Egypte et le reste de l’Afrique du Nord alors qu’elle en fait partie tant sur le plan géographique qu’historique.

Vous   proposez   de commencer le calendrier berbère à partir de 3150 avant Jésus-Christ. Qu’est qui motive ce choix ?

La géographie, l’archéologie et la langue parlée à l’époque en Egypte montre que cette partie de l’Afrique du Nord était également berbère.

J’ai donné quelques exemples dont le plus frappant est Misra (fils de Ra), Amen (les eaux), Assouan (ils ont bu), Siwa (Iswa inversé), Nil (cours d’eau, rivière) , Memphis (Amen effer, à l’abri des eaux) et Thinis (Ténès, Tunis, campement) dont la signification en berbère ne fait aucun doute.

Il y a aussi les noms de certains pharaons comme Amen Hotep IV, Djer ou même Akhenaton (qui est la déformation par les Grecs de Anekhi Adon), pour confirmer ce fait.

J’ai également cité des auteurs comme Guy et Christine Gauthier qui ont recensé plus de 6 000 gravures et sites rupestres de l’Atlantique à la Mer Rouge ainsi que Gabriel Germain qui confirme que le culte du bélier à sphéroïde était vénéré dans la plus haute antiquité par toutes les populations de l’Afrique du Nord géographique (donc de l’Atlantique à la Mer Rouge). Werner Vicichi pour l’origine berbère du Nil, confirmée par Arthur Pellegrin.

Pour en arriver à cette conclusion, je me suis basé sur le fait que de grands égyptologues ont confirmé l’existence de parlers libyco-berbères (en fait berbère) dans l’Egypte des pharaons…

Je ne suis pas étonné que cette déduction sur les liens très étroits entre la civilisation d’Egypte et le berbère laisse le lecteur ou l’auditeur (pour la vidéo) un peu perplexe car c’est la première fois qu’un tel rapprochement est fait.

Voici en résumé, les raisons qui m’ont poussé à remettre en cause le calendrier amazigh en cours en proposant de la faire démarrer en l’an 3150 Av. J-C. pour proposer que l’an 2020 soit considéré comme étant l’an 5170 du calendrier berbère

 Comme Neggadi, vous aussi vous recourrez à la civilisation égyptienne pour dater votre calendrier ? Pourquoi cette quête de référents en dehors des pays de l’Afrique du Nord notamment , l’Algérie et le Maroc et la Tunisie?

Ce n’est pas Neguadi qui a orienté mon choix. C’est les faits historiques qui m’ont amené à reconsidérer l’unicité de la population du Nord de l’Afrique. Il n’y a pas de frontière géographique entre l’Egypte et les reste de l’Afrique du Nord. Les liens linguistiques qu’il y avait dans la plus haute antiquité montrent bien qu’il s’agit d’un seul et même peuple.

 La fondation du royaume numide, Massinissa, Jugurtha  et autre référents  sont plus connus et  ne posent aucun doute sur leur origine identitaire amazigh. Pourquoi ne pas s’en référer ?

Je n’ai aucun doute sur l’origine identitaire des Miss Ra. Ce sont d’authentiques amazigh comme le sont Jugurtha ou Massinissa.

L’histoire des amazigh ne commence ni avec Shechnaq ni avec Massinissa ou Jugurtha. Nous devons nous baser sur des faits historiques qui ne peuvent être contestés. Ne laissons pas aux occidentaux le soin de nous dicter référents identitaires.

 Même si vos arguments sont défendables, pensez-vous qu’on peut toucher et modifier le calendrier actuel qui est devenu une des constantes du combat identitaire ?

Aucun sujet ne doit rester tabou. Tout doit être soumis à l’analyse qu’elle soit historique, linguistique, ou culturelle. Il n’est pas question de voir notre passé historique avec des œillères en nous limitant à telle ou telle date en occultant le reste.

Nous ne devons considérer pas ce calendrier comme une ligne rouge à ne pas franchir. N’ayons pas peur de remettre en cause ce calendrier à condition que les propositions soient basées sur des faits historiques, culturels et linguistiques avérés.   

Je vous laisse conclure    

Je vous remercie pour l’intérêt que vous avez accordé à ce sujet.