L'histoire en marche en Algérie

Des milliers de manifestants sont, encore une fois, descendus aujourd’hui dans les rues des principales villes du pays pour le 33e vendredi consécutif de mobilisation qui coïncide avec le trente-et-unième anniversaire des événements d’octobre 1988. Rien ne semble entamer leur détermination à aller au bout de leur révolution du sourire. Ni les arrestations, ni les mesures coercitives, encore moins les tentatives de diversion et de division ne semblent avoir prise sur ce mouvement qui reprend petit à petit du poil de la bête, dans plusieurs villes toujours de manière pacifique, après son reflux estival.

Ceux qui ont misé sur son essoufflement ou sa transformation en mouvement violent ont eu pour leurs analyses et pronostics. Le sourire, les pancartes, et les drapeau national et amazigh, sont les seuls armes utilisées depuis le début  par les manifestants  pour ébranler le système qu’il veulent déraciner et changer pour permettre à l’Algérie nouvelle  de prendre forme. A Alger, Oran, Annaba, Tlemcen, Sétif, Mostaganem, Constantine, Bejaïa, Tizi-Ouzou, Bouira et autres villes du pays, les manifestants  ont de nouveau de manière pacifique fait entendre leurs voix.   « Système dégage !», «Djazaïr Hourra démocratia !», « Libérez les détenus d’opinion !», «Pour une justice indépendante et une presse libre ! », « Pas d’élections avec la bande ! », « Dawla madania machi ââskaria »,  ,« La nourid, la nourid houkm al âskar mine djadid !», « Pouvoir assassin !»  « ulac ulac, ulac lvot ulac !»….. Ont-ils  fortement scandé, invitant, à l’occasion  les décideurs à ne pas aller à contre-courant de la volonté populaire.

L’élection présidentielle prévue pour le 12 décembre prochain constitue actuellement pour le Hirak la pierre d’achoppement. Parviendra-t-il à l’évacuer de son chemin comme ce fut le cas pour celle du 4 juillet passé ? Rien n’est sûr à juger par la détermination du pouvoir à réussir ce rendez-vous électoral. Ce qui est sûr toutefois, Contrairement à octobre 1988 où  la révolte du peuple algérien a été détournée, dévoyée par le système qui, pour contrecarrer toute émergence démocratique en Algérie, a permis et encouragé les forces rétrogrades et antidémocratiques  de prendre le contrôle de la société, cette fois-ci le peuple est résolu à ne pas se faire voler sa révolution.

A travers tout le territoire national, on entend le  même son de cloche : Le système doit partir et ses symboles doivent s’éclipser et se faire oublier. L’esbroufe, le mensonge, la dilapidation, l’injustice, la corruption, les passe-droits qui ont été, depuis des années, les seules références du système déchu ont crée chez le citoyen algérien une haine intenable contre les  symboles du pouvoir  où qu’ils soient et quels qu’ils soient, qu’il est difficile d’effacer.  La fuite des cerveaux, les harragas qui meurent en mer, le sous-développement, le chômage, le déni identitaire, le piston, la corruption, les tensions religieuses et identitaires…  tous ces fléaux, ne sont  pour le peuple, que les fruits amers du système qui depuis l’indépendance a mal gouverné le pays.

 Si aujourd’hui, les foules crient avec force leur rejet de l’élection présidentielle, ce n’est que par crainte que cette élection ne fera qu’allonger la durée de vie de ce système honni. Encore une fois, le pari est réussi pour le Hirak. A part les arrestations devenues habituelles opérées à Alger par les services de sécurité, ce 33e vendredi de protestation, s’est déroulé dans toutes les villes du pays sans heurts ni incidents. Pour dire que ces protestations sans violences, c’est ce qui fait la force de ce Hirak qui finira tôt ou tard par offrir à l’Algérie le système de gouvernance qu’elle mérite.