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Le dialogue vu par Yazid Haddar

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Tous les chemins mènent au dialogue ! C’est une évidence. Néanmoins, est-ce que les conditions du dialogue sont-elles réunies ? Qui guidera ce dialogue est-ce « le Panel » ? C’est oui, à partir de quelle légitimité ? Le système politique qui gouverne va-t-il lâcher du leste ?

En effet, les conditions du dialogue sont biaisées, car « la violence légitime[1] » est toujours exercée par les mêmes acteurs du système politique. Désormais, on ne peut pas parler du dialogue si les conditions de la liberté de l’expression, de manifestation et d’information ne sont pas respectées.

Il est impossible d’imaginer qu’en 2019 on mis en prison une personne pour un drapeau, qui représente son identité, et qui est, rappelant-le, reconnu  constitutionnellement ? Lorsque des personnalités historiques ou politiques sont mises en prison pour leur opinion, lorsque les médias publiques, comme certains privés n’arrêtent pas de faire la propagande pour le système, sans se soucier des revendications du peuple, et qu’ils ruminent le même discours officiel du système politique, ceci n’est pas de la liberté d’expression, c’est du totalitarisme ! Il y a les décideurs, les acteurs et les exécutants ! C’est toujours la même chanson !

« Le panel » ne peut pas être légitime quand le peuple le rejette, même s’il y a certaines personnalités respectables, qui méritent d’être écoutées. C’est une initiative avortée ! La légitimité de ce « panel » devrait faire un consensus et surtout que le peuple lui accorde sa confiance, et non pas de lui imposer les mêmes personnes du même système !

On ne peut pas refaire les mêmes erreurs dans notre histoire nationale ! Qu’on arrête de désigner nos représentants, car c’est au peuple de désigner ses propres représentants ! On ne peut pas faire une révolution avec les mêmes mécanismes de pensée et les mêmes méthodes d’actions.

Lorsque les mêmes appareilles électoraux (partis politiques, association, médias, etc.) qui ont applaudis à toutes les initiatives des ex-présidents, et qui aujourd’hui viennent d’applaudir cette initiative du « panel », contradictoirement, ils viennent de le discréditer.

Ainsi, l’initiative qui propose que chaque commune désigne un représentant élu au suffrage universelle, par tirage au sort ou par vote, est une piste à creuser, en associant la corporation des magistrats, d’enseignants (scolaire et universitaire), des médecins, etc., pourrait nous aider à sortir de cette crise de légitimité.

Le choix de la suite émergera de cette instance et démocratiquement ! L’institution militaire aura la charge de garantir la sécurité et le respect dans le cadre de la loi.

Quand à la justice, qui s’est réveillée du jour au lendemain, par miracle des affaires jugées il y a dix ans  sont revenues à la surface, qui a donné l’ordre d’instruction ? Pourquoi aujourd’hui ? Comment peut-on croire à une justice libérée, quand les juges sont désignés par leur tutelle, selon leur obédience et non pas par des instances indépendantes ? Il est tôt de parler d’une justice indépendante.

C’est au peuple de s’organiser et d’accomplir cette révolution, qui est une victoire dans notre histoire nationale et universelle. Dorénavant, cette révolution sera construite sur de nouveaux mécanismes de pensées, d’institutions et des nouveaux responsables, capables de relever le défit, que l’Algérien n’en manque pas et en a besoin.

Yazid HADDAR

Auteur d’un essai : l’Algérie en attente, Paris, 2016.  

[1] Au sens du Max Weber qui a forgé le concept politique de violence légitime. Weber définit en effet l’Etat comme l’institution détenant le monopole de l’usage légitime de la force physique il a écrit : « un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné ».

 

 

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