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Entretien : Me Salah Dabouz répond au directeur de l’administration pénitentiaire

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L’avocat Salah Dabouz répond dans cet entretien à M. Mokhtar Felioune, directeur général de l’administration pénitentiaire qui a déclaré récemment que le défunt Dr Fekhar a été bel et bien pris en en charge convenablement lors de son incarcération à Ghardaïa. Me Dabouz dément les déclarations de M. Felioune.

Mokhtar Felioune a déclaré, récemment, que le défunt Dr Fekhar a été bien pris en charge lors de sa détention. Quelle est votre réaction ?

Me Salah Dabouz : Quand Dr Fekhar a été arrêté le 31 mars 2019, il était en très bonne santé mentale et physique. Il a été enfermé dans une salle de 2 M2  avec Hadj Brahim Aouf dans des toilettes ouvertes sans aucun moyen de confort, avec seulement deux couvertures par personne et pendant 28 jours. Ils en sont sortis malade. Le défunt Fekhar est mort alors que Aouf, soufre d’un problème de foie je crois. Si M. Felioune considère cela comme une bonne prise en charge. Nous avons donc certainement un problème de terminologie, ou alors nous ne parlons pas de la même personne. M. Felioune essaie certainement de cacher la vérité. Dr Fekhar Kameleddine a été tué par l’Etat de sang-froid.

La sortie du directeur général de l’administration pénitentiaire est une réponse aux accusations portées contre les responsables de la prison de Ghardaïa, alors qu’une plainte est déposée contre eux, quelles seront les démarches à venir ?

La plainte déposée par la famille Fekhar est dirigée contre 5 personnes en premier lieu : le wali de Ghardaïa qui a tout fait pour stigmatiser Dr Fekhar, c’est de lui qu’est partie la rumeur selon laquelle Dr Fekhar est séparatiste. Il faisait des discours fleuves pour l’attaquer, avec des références seulement religieuses, sans aucune référence légale, en évitant d’aborder les questions de développement local qui est sa première mission.

Ce wali s’est transformé en hyper-juge ordonnant l’arrestation de tel citoyen ou tel autre citoyen, juste parce qu’ils essaient de dénoncer des actes illégaux. Parmi ses victimes Dr Fekhar et Hadj Brahim Aouf. Le procureur général près la cour de Ghardaïa qui a ordonné l’arrestation du Dr Fekhar une première fois le 8 juillet 2015, et il a récidivé le 31 mars 2019 malgré une recommandation du groupe de travail pour la détention arbitraire pour que Dr Fekhar ne soit plus arrêté pour les mêmes raisons, donc le procureur général tombe dans un cas de violation de la loi humanitaire internationale.

Le juge d’instruction qui a ordonné l’incarcération du Dr Fekhar sans examiner son dossier et qui a refusé de le libérer pour se soigner bien qu’il fût dans un état très grave ce qui fait de lui un fonctionnaire qui a abusé de son autorité causant la privation du Dr Fekhar de sa liberté jusqu’à ce que la mort l’emporte. Le directeur de la prison de Ghardaïa qui a enfermé Dr Fekhar 28 jours dans une salle de 2 M2  sans aucun moyen de confort jusqu’à ce qu’il soit affaiblie par la maladie pour le punir à cause de sa décision de faire une grève de la faim au lieu de lui apporter les soins médicaux nécessaires. Et le directeur de l’hôpital de Ghardaïa qui savait très bien que son établissement n’était pas équipé pour prendre en charge un cas comme celui du Dr Fekhar, mais il l’a gardé et la laisser mourir avec la passivité de son personnel médical dans ce qui peut être l’exécution d’ordres afin de laisser Dr Fekhar mourir par non-assistance à personne en danger. Il est évident que l’instruction dévoilera d’autres responsables et complices.

Le juge d’instruction de la deuxième chambre près le tribunal de Ghardaïa a carrément refusé d’ouvrir une information judiciaire sans même écouter les plaignants, ou examiner les pièces dont le rapport d’expertise, donnant l’occasion à certains éléments de prendre la fuite car une très forte rumeur sur la fuite d’un médecin impliqué dans cette affaire vers l’étranger après avoir pris connaissance du dépôt de la plainte circule actuellement à Ghardaïa en même titre que le montage d’un faut dossier médical qui servirait à couvrir le personnel qui était chargé de prendre soin du Dr Fekhar. Mme Fekhar m’a demandé d’ailleurs si ce refus d’ouvrir une information judiciaire n’était pas un moyen pour permettre à ces responsables d’effacer les traces de leur crime.

Le 40e  jour du décès du militant intervient dans une période marquée par la répression, comment pensez-vous marquer cette journée?

Vous savez,  Dr Fekhar, sa famille et ses proches avaient pris l’habitude de vivre des situations particulières, et donc ils ont tous appris à s’adapter et à trouver le moyen d’atteindre leurs objectifs. Je pense qu’un petit programme est prévu à l’occasion que les concernés vont très bientôt rendre public et qu’ils réaliseront à la lettre malgré la situation que vit le pays. Je voudrais juste ajouter à la fin que le chemin tracé par Dr Fekhar est bien connu, son entourage, à leur tête sa femme, sont déterminés à le poursuivre, et ils le feront avec détermination et sereinement, à commencer par situer les responsabilités de sa mort qui se fera au niveau national et international.