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21e anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounès: Un poète peut-il mourir ?

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Il y a de cela 21 ans  disparaissait  dans une embuscade, celui qui a su interpréter admirablement les aspirations profondes de tout un peuple auquel on a dénié, des siècles durant, le droit de s’exprimer et de créer dans sa propre langue.

Lounès savait depuis longtemps qu’il ne vieillira pas, qu’il ne fera pas comme on dit « un beau cadavre », comme le veut l’adage très justement, « Les héros meurent toujours jeunes ». Ayant fait des cordes de sa mandole et de ses cordes vocales, des instruments redoutables de lutte contre un ennemi diffus et pluriel, il se savait en sursis.

Ses prises de positions, parfois tonitruantes, n’étaient pas pour plaire aux potentats de la « Pensée inique », aux politiciens de pacotille et aux bien-pensants de tout bord. Il dérangeait bon nombre de gens par son franc-parler, son verbe cru et sa témérité. Ses envolées lyriques n’ont jamais laissé personne indifférents. Ses vers bien ciselés, acérés, accrocheurs séduisent tous les auditeurs même les insensibles n y échappent pas. Sa poésie tel un raz-de marée entraine tout sur son passage.

Chacun de ses poèmes est un coup de poing fortement assené sur les cloisons solides de nos tabous. Le trait dominant du talent et du style Matoub, c’est l’audace, avec un grand A. Aucune barrière de quelque nature qu’elle soit n’a résisté à ce barde des temps modernes. On peut qualifier son œuvre d’un grand « Coup de pied poétique » dans la fournaise algérienne.

Ses textes, telle une armée en mouvement allaient de conquête en conquête et bousculaient tous les cantonnements dressés sur leur passage. Son caractère d’écorché vif fera de lui, un guerrier poétique en perpétuelle lutte. Matoub Lounès a été l’homme de tous les combats d’avant-garde et le troubadour le plus convoité par certains partis politiques.

Mais réfractaire à tout embrigadement, aucune chapelle politique ne parviendra à le mettre totalement de son coté. Toutefois, ses convictions politiques sont largement connues, il se situe pleinement dans les rangs de « La famille qui avance » où le slogan fort est « Dis et meurs.. ».

Il le fera. Incorruptible, la population surtout la jeunesse lui voue un attachement indéfectible et le considère comme l’un de ses authentiques leaders. La révolte qui a suivi son lâche assassinat, le 25 juin 1998, en est un exemple incontestable.

« Ni les droits de l’homme sous toutes les formes/ ni aucune opposition n’ont pris part à mon malheur/ sauf le peuple qui comme un seul homme / a osé défier la peur… », Écrira –t-il pour dire tout l’amour qu’il voue à son peuple. Matoub Lounès même disparu continuera de plus belle à harceler ses ennemis et à éclairer son peuple. N’a-t-il pas dit : « Même s’ils me tuent, il ne me feront pas taire. »