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Lutte Identitaire: Aux origines du printemps berbère

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L’avènement du printemps amazigh n’est ni le fruit du hasard  encore moins un accident de l’histoire, c’est le résultat de plus d’un demi-siècle de lutte, tantôt affichée tantôt en sourdine. La revendication identitaire, avec ce que renferme cette expression comme contenu sémantique, aussi bien dans le domaine politique que linguistique et social, a commence réellement dans la première moitie du siècle dernier.

La prise de conscience des Algériens quant au fait colonial a ouvert grandes les portes du questionnement sur soi. On scrutait l’histoire pour se retrouver et trouver par la même occasion les fondements de l’Etat que l’on voulait édifier une fois que le colonisateur aura quitté le pays.

Dans  « cette recherche de soi », les influences extérieures vont jouer un rôle prépondérant. Le parti de peuple algérien (PPA) connaissant la réalité historique, linguistique et civilisationnelle du pays aurait pu absorber toute les différences sociales et en faire une arme redoutable au service de l’indépendance et de l’édification d’un Etat fort, mais au lieu de cela, il ne fera que les exacerber.

En adoptant des référents exclusivement arabo-islamiques qui évacuent de ce fait une des principales dimensions de l’identité algérienne, le PPA va permettre consciemment ou inconsciemment, l’éclosion de conflits internes qui le secoueront brutalement. L’hostilité sourde puis ouverte entre Messali Hadj ,président de l’étoile nord-africaine (ENA), et Imache Amar, secrétaire général de l’ENA (un kabyle dont les référents politiques et culturels sont en opposition avec ceux de Messali) culminant par le départ d’Imache Amar  en 1947 des rangs du parti , sera, en quelque sorte, le point de départ de ce qui est communément appelé le mouvement berbère.

En 1945, un groupe d’étudiants du lycée de Ben Aknoun, militants du PPA, vont se mettre à composer des chants, des poèmes où transparaissait une prise de conscience à l’identité amazighe. Idir Ait Amrane, l’un des éléments de ce groupe écrira au début de cette année-là, le premier chant patriotique amazigh « Kker a mmi-s umazigh ». Encadre par Bennaï Ouali, ce groupe (Ali Laïmèche, Amar Ould Hamouda, Omar Oussedik, Saïd Aich, Hocine Ait Ahmed ,Sadek Hadjeres, Mohand Idir Ait Amrane …) jouera un rôle déterminant dans l’ introduction de la dimension berbère dans le champ politique.

En réaction au mémorandum adressé par Messali Hadj à l’ONU, Rachid Ali Yahia, un des lieutenants de Bennai Ouali, fait voter, en mars 1949, par le comité fédéral de la fédération de France du MTLD, une motion qui pourfend l’Algérie arabo-islamique et qui se positionne pour « une Algérie algérienne ». Cette motion est votée à une majorité écrasante des membres du comité fédéral.

La direction du PPA-MTLD, au courant de ce vote, réagira énergiquement en excluant du parti les éléments berbéristes après les avoir traités de tous les noms « déviationnistes » « scissionnistes »…

La direction de PPA a trouvé la, une occasion en or pour faire oublier ses valses-hésitations et crier au complot berbère. Durant la période de la guerre d’indépendance les berbéro-nationalistes essayeront de relancer le débat sur la question identitaire mais ils seront férocement combattus et certains seront exécutés. Pour certains, la main de l’Egypte n’est pas étrangère dans cet acharnement contre les berbéristes.

Après l’indépendance l’Académie berbère est créée en France en juin 1966. Des écrivains ,à l’exemple de Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, des chanteurs (Taos Amrouche, Imazighen Imoula, Idir, Djamel Allam…), des étudiants de la cité universitaire de Ben Aknoun, des élèves des lycées de Ben Aknoun et Tizi -Ouzou… reprendront le flambeau de la revendication berbère. Des cercles culturels et des associations berbères se créent ici et la, le sport est mis à contribution, la JSK devient l’ambassadrice du combat identitaire. Le FFS, mitigé jusque-là, se prononce clairement sur la question berbère, il l’intègre dans son « Avant-projet de plate-forme politique ». Le bouillonnement en faveur de l’amazighité et les réactions stupides du pouvoir vont préparer et rendre possible le « Printemps berbère » de 1980, un événement considérable qui aura de grandes répercussions dans la refondation de la pensée politique, non seulement en Algérie, mais dans toute l’Afrique du Nord.