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La sécurité nationale menacée par la corruption socialisée

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Pour éviter tout malentendu, devant éviter tout règlement d comptes qui provoquerait une psychose généralisée,  tout citoyen est présumé honnête  jusqu’à preuve par la justice. L’Algérie a souvent les meilleures lois du monde mais rarement appliquées car  supposant  des institutions crédibles et  un  véritable Etat de Droit. Les économistes et les politiques, durant cette transition inévitable de la société algérienne, doivent repenser les liens entre l’éthique et le développement.

1.-Au moment  où l’on parle  d’ouverture de dossiers, l’on devra  différencier la mauvaise gestion de la   corruption, touchant  la majorité des ministères et les autorités locales,  ne datant  pas d’aujourd’hui.  Depuis l’indépendance politique, cela  interpelle plusieurs responsables  et pour toute objectivité, pour évaluer les préjudices financiers avec des impacts sur l’Economique et le Social,  devant tenir compte de la valeur du dinar par rapport aux devises durant ces 50 dernières années, au moment où un appartement à la rue Didouche Mourad Alger en 1974 était cédé à environ 100 millions de centimes et la cession de villas à Hydra coutant actuellement entre 50/100 milliards de centimes  étaient cédés à des dinars symboliques. Le cours est   passé ( cours achat)  de 4,94 dinars un dollar en 1970, 5,03 dinars un dollar en 1980, 12,02 dinars un dollar en 1990, 77,26 dinars un dollar  en 2000, 74,31 dinars  un dollar en 2010, 99,50 dinars un dollar en 2015  et 119,11 dinars un dollar le 14 avril 2019, le cours sur le marché parallèle évoluant depuis les années 2000 avec un écart en moyenne de 50% par rapport au cours officiel.

2.-Cela a été constaté durant  les années 1970/1980  avec  les surcoûts de projets et des distribution de bénéfices à des unités déficitaires, , le programme anti-pénurie, des années 1980/1985, des enrichissements douteux durant la période tragique qu’a connu l’Algérie entre 1990/1999, et récemment sans être exhaustif :  notamment le PNDA (programme national de développement agricole),les différentes cessions de terrain à des prix dérisoires par différentes collectivités locales,  Khalifa, la CNAN, Air Algérie, les différents barrages, le  projet de canalisation d’eau In Salah/ Tamanrasset, la Route Est-Ouest, Sonatrach, l’affaire de la drogue dite  du « Boucher », les différents programmes d’habitat et d’infrastructures  avec des malfaçons, certaines  surfacturations lors des différents programmes d’importation , surcoûts  des différentes unités de montage de voitures  récentes et même avant avec les concessionnaires ,  des montants faramineux  de crédits octroyés  non remboursés, d’impôts non recouvrés,  et les enrichissements sans efforts de certaines personnes tant au niveau national qu’à l’étranger , propriétaire d’immenses fortunes, et l’immoralité pouvant aller qu’au simple citoyen , celui qui devait travailler 8h par jour ne travaillant que trois heures.

3.– Les différents instruments de contrôle et de régulation de l’économie nationale sont pratiquement gelés: Cour des Comptes, Conseil National de la Concurrence, Conseil Economique et Social, Conseil National de l’Energie  parallèlement  à la faiblesse de contre- pouvoirs politiques et social où les événements récents ont montré  que tant les partis du Pouvoir que de l’Opposition avec leurs appendices officielles dites «  société civile » vivant du transfert de la rente, ont été hors circuit, incapables de servir d’intermédiation politique et social. Sur le plan politique   nous retrouvons deux fores en présence : l’ANP/forces de sécurité  et une population manifestant chaque vendredi par  dizaines de millions mais non organisée. Sur le plan économique, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach,  en ce mois d‘avril 2019, l’économie algérienne étant  une économie  totalement rentière, les hydrocarbures irriguant  tout le corps social, directement et indirectement procurant 98% des recettes en devises.

4..-La société algérienne  traverse une très grave crise qui aura des répercussions sur négatives sur le développement futur du pays, n’oubliant  que nous sommes à l’ère de la mondialisation du fait de l’interdépendance des économies et des sociétés, et dans une maison de verre, du fait de la révolution dans le domaine des télécommunications et que toute Nation qui ne se développe pas régresse forcément. Aucun pays ne peut y échapper si l’on ne met pas en place de nouveaux mécanismes de régulation  afin de réhabiliter la sphère réelle, la monnaie étant au service de l’économie et non un instrument pour la dominer. Et ce bien entendu, dans le cadre d’une économie concurrentielle tenant compte des avantages comparatifs mondiaux, et devant lier l’efficacité économique avec une profonde justice sociale – les économistes parleront d’équité. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transition de la société mondiale, avec de profonds bouleversements géostratégiques, ce qui supposera des ajustements sociaux douloureux et donc une nouvelle régulation sociale afin d‘éviter les exclusions. Le chacun pour soi serait suicidaire et nous ramènerait à des  conséquences néfastes des effets avec des conflits désastreux.. Car il existe des liens inextricables entre un développement durable et la morale – en fait la récompense de l’effort – et une lutte contre la corruption sous ses différentes formes. 

5.Selon plusieurs rapports  tant des experts nationaux qu’internationaux , les résultats mitigés sont  révélateur de l’aggravation de la situation qui prévaut en Algérie en matière de gouvernance , où les différents pouvoirs algériens de l’indépendance à ce jour ont été  pouvoir mus par l’unique dépense monétaire grâce aux recettes élevées du pétrole – et non du travail  et selon un rapport de l’OCDE aurait  dépensé durant ces deux dernières décennies  deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats en référence à des pays similaires. Pour le Forum euro-méditerranéen des instituts des sciences économiques (Femise) par exemple,   dans  plusieurs rapports  considère que « le gouvernement algérien a été incapable de trouver une stratégie à long terme pour l’emploi des jeunes et ce  malgré la création des dispositifs – Ansej, Angem et ANEM –, les emplois créés « étant  éphémères et sous-payés, le chômage touchant  particulièrement les jeunes et notant que si l’Algérie n’a pas été touchée par de violentes révoltes populaires, elle n’est pas pour autant immunisée contre un risque d’instabilité sociale persistant.  Le rapport précise également que si la politique monétaire de l’Algérie est relativement prudente, des risques pèsent sur la stabilité du dinar, évoquant  ainsi les poussées inflationnistes et l’instabilité sociale qui pourraient « signifier aux détenteurs de devises de voir l’euro comme une valeur sûre, apparaissant préférable au dinar », ce qui amplifiera la dévaluation du dinar sur le marché parallèle.

6.Je ne saurai trop insister que le contrôle efficace doit avant tout se fonder sur un Etat de Droit, avec l’implication des citoyens à travers la société civile, une véritable opposition sur le plan politique, une véritable indépendance de la justice, tout cela accompagné par une cohérence et visibilité dans la démarche de la politique socio-économique, un renouveau de la gouvernance au niveau global afin de délimiter clairement les responsabilités et pour plus de moralité des dirigeants aux plus hauts niveaux afin de faciliter la symbiose Etat/citoyens. Devant éviter à tout prix les règlements de comptes,  face aux nombreux dossiers, dont certains trainent dans les  tiroirs depuis des années il faudrait une armée de contrôleurs.  La situation  socioéconomique souvent oubliée est d’une extrême gravité avec le risque d‘un retour au FMI  horizon 2022  implique une solution politique rapide, car la crise actuelle est avant tout politique,  avec une nouvelle gouvernance et des personnes morales,  si  l’on veut  éviter la  récession économique et la déflagration sociale de l’Algérie dont les  impacts négatifs toucheront en premier lieu les couches les plus vulnérables. Et dans ce cas, quelque soit le pouvoir en place, il ne faudrait plus parler d’indépendance politique ou économique, les lois économiques étant insensibles aux slogans populistes

7.–  Force est de reconnaitre que l’Algérie n’a pas encore trouvé de modèle de croissance susceptible de réduire les inégalités, le chômage et la pauvreté ayant  deux choix : faire des efforts pour réformer ses institutions et l’économie vers plus de démocratie et de transparence, ou régresser vers une attitude protectionniste dans un effort pour maintenir le statu quo politique. Et là… on en revient toujours à la morale, (la vertu du travail ), intimement liée à l’Etat de droit et à la démocratisation de la société, surtout des responsables qui doivent donner l’exemple s’ils veulent mobiliser leur population et éviter l’anémisation de la société, porteuse décadence ; Un phénomène déjà analysé avec minutie par le grand sociologue maghrébin Ibn Khladoun  dès le XIVesiècle . ademmebtoul@gmail.com

Professeur des universités, expert international  Dr Abderrahmane MEBTOUL haut magistrat (premier conseiller) et directeur général à la Cour des Comptes (1980/1983) – directeur d’Etudes Ministère Industrie-Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2007