terroristes syriens et yéménites
L'armée à la rescousse

Deux articles de la constitution 7 et 8 mis en avant depuis hier par le chef d’Etat-major de l’Armée nationale, le général-major Ahmed Salah Gaid dans son communiqué sont aujourd’hui au centre de l’intérêt de tous les observateurs politiques et de la classe politique en ce sens qu’elles peuvent déterminer grandement l’avenir du pays.

L’article 7 stipule que «le peuple est la source de tout pouvoir» et que «la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple». Quant à l’article 8, il réaffirme que «le pouvoir constituant appartient au peuple» souligne également que «le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne» et qu’il (le peuple) «l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus». Clairs, nets et précis.

Ajoutés à l’article 102, la situation commence à s’éclaircir pour la période post-Bouteflika. En plus du départ avant terme du chef de l’Etat, il est aussi recommandé que toutes les autres institutions officielles du pays changent de mains (Cour constitutionnelle et Gouvernement), la dissolution des deux chambres, (APN et Sénat), et le départ de tous les responsables à tous les niveaux de la hiérarchie nommés par le pouvoir, et enfin la création de nouvelles entités représentatives du peuple dans sa diversité, composées de personnes intègres et probes à même de mener le pays d’une période de transition apaisée vers un retour progressif de l’ordre constitutionnel.

C’est l’essence même du contenu de ces trois articles que le patron de l’Armée veut mettre en œuvre tout de suite et sans perdre de temps. Mais les observateurs restent sceptiques quant à l’attitude que prendra la Grande muette sur cette période de transition. Saura-t-elle imposer et imprimer à la fois une sortie de crise sans qu’elle n’ait l’air de s’intéresser au pouvoir ?

Des partis politiques à l’image du FFS, le RCD et le PT doutent. D’autres comme le MSP de Abderrezak Makri et Talaiet El Hourryet de Ali Benflis applaudissent. Aussi il ne faut pas l’oublier que l’actuel patron de l’armée a déjà rejeté à deux reprises cette idée de transition politique.

D’abord en 2014, au lendemain de la réélection de Bouteflika pour un quatrième mandat à la tête du pays et après la tenue de la fameuse conférence de Zéralda qui a regroupé un grand nombre de partis d’opposition, toutes obédiences confondues : «J’ai souligné plus d’une fois que l’ANP, digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), demeurera garante de la sécurité du pays, préservatrice de son caractère républicain, attachée à ses missions constitutionnelles et guidée, dans cela, par les instructions et les orientations de son Excellence M. le président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, tout en veillant à se maintenir à l’écart de toute sensibilité ou calcul politique», avait répondu sèchement le chef d’état-major, dans un discours prononcé le 24 juin 2014 à l’académie de Cherchell.

La deuxième fois, c’était en 2016. Dans un édito de la revue El Djeich, la Grande muette a refusé toute intrusion dans le champ politique, en soulignant : « La cohésion entre l’Armée nationale populaire et le peuple algérien ainsi que la loyauté envers la Nation sont plus profondes et plus fortes pour être ébranlées par les vaines et désespérées tentatives visant à semer le trouble et la division». Et à l’éditorialiste de l’organe de l’Armée de rappeler alors que dans un passé très proche, «certaines voix, mues par des intérêts étroits et des calculs personnels, s’étaient élevées pour appeler ouvertement l’Armée nationale populaire à violer la Constitution et la loi afin qu’elles puissent réaliser ce qu’elles n’avaient pu obtenir par des voies constitutionnelles, légales et démocratiques».

Une fin de non-recevoir aux appels de certains hommes politiques qui, pour une raison ou une autre, vouaient confier à l’ANP, un rôle politique officiel. Autre interrogation : depuis quand l’intrusion de l’armée dans le jeu politique a été profitable à la démocratie ? En été 1962, l’éviction du GPRA, détenteur de la légitimité politique, par l’Armée des frontières, avait donné naissance à la dictature militaire du colonel Houari Boumediene qui avait régné d’une main de fer pendant plus de 13 ans.

En 1992, l’intervention de l’Armée nationale a certes évité au pays de sombrer dans le chaos islamiste mais elle a porté au pouvoir le général Liamine Zeroual et permis au système de perdurer jusqu’à aujourd’hui.

Ce sont ces interrogations qui font peur à une partie de l’opposition. Mais la situation n’étant pas là même avec les exemples cités plus haut. Aujourd’hui le peuple dans son immense majorité est sorti comme un seul homme réclamer sa « feuille de route » qui pour l’instant inspire et fait réagir le général-major.