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Une université de Saida interdit aux étudiants d’offrir les fleurs aux étudiantes: La daeshisation de la société algérienne en marche

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Le département de droit de la faculté de droit et sciences politiques de l’université Dr Tahar Moulay de Saïda a pondu un communiqué interdisant aux étudiants d’offrir les fleurs le 14 février prochain, aux étudiantes soit le jour de la Saint Valentin, la fête dite de l‘amour.

«Quiconque, précise le communiqué, sera surpris en train d’offrir des cadeaux dans l’enceinte universitaire sera traduit devant le conseil de discipline» note le communiqué.

Un fait qui n’est pas inédit ou isolé loin d’en faut. Une islamisation rampante est observée depuis une décennie et qui a touché tous les segments de la société mais aussi et surtout l’université algérienne, un lieu de savoir par excellence pour les futures élites.

L’Etat au lieu de combattre ce phénomène y participe activement comme le démontre ce décret n°13-377 publié dans le journal officiel n°58 du 18 décembre 2013, portant sur le statut de la mosquée. Les fonctions de la mosquée sont élargies. Ainsi, la mosquée n’est plus uniquement un lieu de culte religieux, mais «elle est (en plus) une institution religieuse et sociale qui assure une mission de service public. Elle a pour objectif de promouvoir les valeurs de la religion musulmane» (art.2). De plus, ses fonctions se sont élargies «dans la vie spirituelle, éducative, scientifique, culturelle et sociale de la vie de la Oumma.» (Art.4). Pis, l’article 9 qui réglemente la fonction sociale de la mosquée, «qui consiste notamment : au règlement des différends entre les citoyens au développement du sens civique, de l’esprit citoyen et de la solidarité sociale», est en contradiction avec la Constitution.

L’islamisation de l’Algérie n’est plus une vue de l’esprit. D’ailleurs elle fut le thème récemment du dernier rapport de l’institut de recherches américain Hudson Institute, fondé par le politologue Herman Kahn en 1961 et spécialisé dans les questions internationales et stratégiques. Selon the Hudson Institute,«il faudra noter un retour des islamistes vers la prédication avec des organisations et des associations satellitaires avec pour objectif d’islamiser la société. Une islamisation qui s’accélère» bien «qu’elle ne se manifeste pas dans l’environnement social ni les pratiques quotidiennes de la population» mais «domine tous les débats» souligne le rapport. 

Les chercheurs expliquent le retour des islamistes algériens vers la prédication par «l’échec politique des partis islamistes». Cependant, ils notent que le courant wahhabite «est en train de s’impose» grâce au financement des pays du Golfe.

Les chansons ont cédé place aux CD de chants religieux. Après le port massif du voile, c’est aujourd’hui au tour de la musique de subir des changements qui marquent les mutations sociales que vit la société algérienne depuis près d’une quinzaine d’années.

Les boutiques vendant des boissons alcoolisées ferment, dans une Algérie en plein bouleversementoù lentement mais sûrement, les fondamentalistes gagnent du terrain. L’expiration des contrats de location et les problèmes liés à l’héritage sont parmi les raisons officiellement citées pour la fermeture d’établissements servant de l’alcool.

Les mosquées sont aujourd’hui aux mains des salafistes qui font régner leur propagande. Selon le rapport International sur la liberté religieuse du Département d’Etat américain, en 2015, déclarait que les imams volontaires de 55 mosquées ont été remplacés à Alger par un salafisme en pleine propagation.

Mais le rapport note aussi une campagne sur les réseaux sociaux avant le ramadan de l’an dernier, qui exhortent les hommes à éviter les châtiments en forçant leurs femmes, filles et sœurs à s’habiller selon les valeurs islamiques conservatrices.

Selon une enquête tirée de la revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales réalisée en 2017 sur un groupe d‘étudiants à l’université d’Oran, la majorité d’entre eux, l’islam est seul garant de la légitimité du pouvoir et de la moralité des rapports sociaux».

A titre illustratif, 71 % des étudiants enquêtés ont déclaré voir dans la religion la solution à l’anomie généralisée qui, selon eux, sévit dans le pays, et 78 % se sont exprimés en faveur de lois inspirées de la charia».