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Entretien avec l’écrivain-journaliste Youcef Zirem : « La poésie de Matoub est éternelle et gagnerait à être traduite dans toutes les langues »

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Youcef  Zirem, journaliste et écrivain a publié en juin 2018 aux éditions Fauves, « La fin tragique d’un  poète » un important récit biographique sur Matoub Lounès. A quelques jours du colloque national portant sur la vie et l’œuvre de Matoub Lounes qu’organisera l’université Mouloud Mammeri  de Tizi-Ouzou, il nous livre, dans cet entretien, ses impressions sur celui qu’on aime appeler « le rebelle ».


L’express DZ: Après l’université Abderrahmane Mira de Bejaia, c’est l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou qui va abriter les 23 et 24 janvier prochain, un colloque sur la vie et l’œuvre de Matoub Lounès. Que vous inspire cet intérêt porté par nos universités au Rebelle et à son leg artistique ?


Youcef Zirem: Tout colloque universitaire sur Matoub Lounès, et son œuvre est le bienvenu. Matoub Lounès, est d’abord un grand poète dont l’œuvre est plurielle et surtout révolutionnaire, à bien des égards. Ensuite c’est un militant sincère qui n’a jamais triché…En seulement vingt ans de carrière, il est devenu une référence mondiale, un homme inoubliable, un artiste incomparable.


Vous êtes parmi les rares écrivains qui ont consacré un ouvrage à Matoub. Pensez-vous que ce qui lui a été consacré jusqu’à présent comme ouvrages, documentaires et autres, par des auteurs nationaux et
étrangers suffisent à le cerner et à mesurer son apport dans la chanson kabyle et dans le combat identitaire ?


Non, il faudrait des centaines de livres sur Matoub Lounès ; c’est une figure charismatique singulière : il a été à l’écoute de son peuple, à l’écoute du monde…Matoub Lounès n’a jamais été corrompu ; il s’est souvent retrouvé tout seul mais il ne s’est jamais découragé…La poésie de Matoub Lounès est éternelle ; elle gagnerait à être traduite en espagnol, en suédois, en allemand, en italien, en russe, dans toutes les langues du monde.


L’Express DZ : Comment regardez-vous le fait que Matoub Lounès, artiste est mort non avec une guitare à la main, mais avec une arme, en résistant ?

Matoub Lounès a été assassiné : jusqu’à présent, on a jamais fait une enquête sérieuse sur les circonstances de son assassinat…Les assassins de Matoub Lounès doivent être jugés…Matoub Lounès est mort en grand poète militant car il a toujours assumé ses idées, son combat…Matoub Lounès a d’abord résisté face à ceux qui voulaient effacer sa culture de la carte…Et cela, ses adversaires ne le lui ont jamais pardonné…


Express DZ : Votre ouvrage « La fin tragique d’un poète » sorti en France en juin 2018, sera-t-il disponible en Algérie ?


Mes livres ne sont pas disponibles en Algérie…Ce n’est pas de ma faute…L’Algérie reste un système autoritaire, fermé, rétrograde à bien des égards…L’Algérie est un énorme gâchis : au moment où tous les pays du monde vont vers le progrès, la liberté, la dignité, la science, la culture, l’Algérie n’arrête pas de régresser…Soumettre la tenue du café littéraire de Vgayet à une autorisation de la gendarmerie est une terrible régression…Condamner Merzouk Touati à sept ans de prison pour une interview sur Internet est la plus grande des injustices qui fait perdre toute crédibilité démocratique au pays …


Express DZ : A la veille du 63e anniversaire de sa naissance, quel meilleur hommage, selon vous, qu’on doit rendre à ce « barde flingué » pour honorer sa mémoire ?


Juger et condamner les assassins de Matoub Lounès est un hommage à rendre à l’artiste. Empêcher le pouvoir algérien de récupérer la mémoire de Matoub Lounès est aussi un grand hommage à rendre à l’artiste. Faire connaître encore plus son œuvre en Afrique du Nord et dans le monde est également un bel hommage à rendre à Matoub Lounès.