Recours à la planche à billets: Le gouvernement arrête la machine à sous

Saïd Farhi Le


Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya a fait savoir ce lundi à l’APN dans le cadre de la discussion en plénière du budget pour l’année 2019 que le montant arrêté dans le cadre du financement non conventionnel au titre de l'exercice 2018 estimé à 1800 milliards de DA (soit l’équivalent de 19 milliards de dollars) «n'avait pas été mobilisé dans sa totalité» à la faveur de l'amélioration de la fiscalité pétrolière durant le premier semestre de l'année 2018.

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Le ministre a fait savoir que la valeur du financement non conventionnel a été estimée, dans le cadre de la loi de Finance 2018, à 1800 milliards DA, un montant destiné à couvrir le déficit estimatif du Trésor, relevant qu'au premier semestre 2018, un montant de 900 milliards DA a été mobilisé pour couvrir ce déficit. Mais le ministre n’a pas précisé pour autant si le gouvernement a arrêté la machine à sous.

Le prix du cours du baril du pétrole a en effet augmenté ces dix derniers mois atteignant parfois le pic de 80 dollars le baril de ce qui a permis au gouvernement d’arrêter le recours à la planche à billets comme décidé par le gouvernement en 2017.

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a explicité l’option du financement non conventionnel face à la crise financière en rassurant que cette mesure aura un «impact positif» sur les citoyens, l’Etat et les entreprises locales, car ils permettront de «relancer ou d'achever des projets de développement humain gelés ou bloqués» ces dernières années, et ce, dans plusieurs domaines dont ceux de la santé et de l'éducation.

De même, ces emprunts non conventionnels auprès de la Banque d’Algérie «permettront à l'Etat de continuer de fonctionner normalement sans devoir imposer aux citoyens de nombreux impôts nouveaux», selon lui. Le Trésor «financera aussi le remboursement de ses importantes dettes vis-à-vis de Sonatrach ou des banques publiques engagées dans l'assainissement de Sonelgaz, de sorte que les banques publiques retrouvent des liquidités qu'elles utiliseront pour le financement de l'investissement économique», a encore détaillé le Premier ministre.

Ce financement exceptionnel sera limité à une durée maximale de cinq années, et sera «accompagné de réformes économiques et financières» pour rétablir l'équilibre des finances publiques ainsi que l'équilibre de la balance des paiements, a-t-il insisté.

Donc, l'Algérie va recourir «temporairement» à ce type de financement «pour faire face à une crise financière qui dure depuis plus de trois ans induite par une grave chute des prix des hydrocarbures», a-t-il encore souligné.

Ouyahia a également avancé que cette catégorie de financements aurait un «impact positif» sur les entreprises locales qui recouvreront leurs créances sur l'administration et pourront ainsi survivre et se développer, «alors que certaines autres PMI ont, malheureusement, été déjà acculés à la  disparition».

Ouyahia, a indiqué que les fonds qui seront empruntés par le Trésor public auprès de la Banque d'Algérie, dans le cadre du financement non conventionnel, «ne seraient pas source d'inflation» puisqu'ils seront destinés à financer exclusivement l'investissement public : «Certaines voix ont accueilli l'annonce du recours au financement non conventionnel interne en prédisant au pays une explosion de l'inflation. Le gouvernement tient donc à rassurer la population avec deux arguments», a déclaré le Premier ministre qui est monté au créneau pour défendre ce choix critiqué par beaucoup d’experts et de partis politiques qui favorisaient l’emprunt extérieur comme le préconisait également le FMI : «En premier lieu, les fonds qui seront empruntés par le Trésor auprès de la Banque d'Algérie ne sont pas destinés à alimenter la consommation mais bien à financer l'investissement public. Ce qui ne sera donc pas source d'inflation. En second lieu, le Trésor fait face actuellement à une dette publique qui ne dépasse pas les 20% du Produit intérieur brut. Il dispose ainsi d'une marge raisonnable d'endettement», a relevé Ouyahia en observant qu'à titre de comparaison, le pays européen disposant des finances publiques les plus solides a aussi une dette publique proche de 70% du produit intérieur brut (PIB).

«En tout état de cause, dit-il, l'Algérie vient de s'assurer ainsi la sauvegarde de son indépendance financière et la poursuite de son effort de construction nationale». Pour ce qui est de la mise en œuvre du financement non conventionnel, un mécanisme de suivi des mesures et réformes structurelles il a été créé visant à «rééquilibrer le Trésor public et la balance du paiement».

La Banque d'Algérie a été chargée, dans ce cadre, d'assurer le «suivi et l'évaluation» de la mise en œuvre des mesures et réformes du programme arrêté par une commission composée de représentants de la BA et du ministère des Finances.


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