Migrants clandestins installant des camps de fortune

L’ONU a dénoncé ce mardi 22 mai, à Genève, le traitement réservé par les autorités algériennes aux migrants subsahariens, par la voix de la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme a Ravina Shamdasani, appelant le pays à « cesser les expulsions collectives de migrants, notamment originaires d’Afrique subsaharienne
», rapporte  ONU Info.

Depuis le début de l’année 2018, une campagne d’arrestations, suivies d’expulsions collectives a frappé des migrants originaires de l’Afrique subsaharienne.

« Alors que les chiffres exacts sont difficiles à obtenir, le nombre de personnes expulsées est estimé à plusieurs milliers », a indiqué la porte-parole.

D’après cette instance, des experts de ses services se sont enquis, début de mois en cours de la situation des migrants à la faveur d’un déplacement à la frontière Algéro-Nigérienne, ou ils ont recueilli leurs témoignages. « Des experts se sont ainsi rendus à Niamey, Agadez et Arlit où ils ont interrogé 25 migrants expulsés d’Algérie ces derniers mois et d’autres personnes sans ressources. Il ressort de ces témoignages que les autorités algériennes organisent fréquemment des
rafles massives de migrants subsahariens dans diverses localités du pays », précise Ravina Shamdasani.

Dans le mémé ordre d’idées, la représentante onusienne, rappelle trois incidents qui ont eu lieu le mois d’avril dernier à Oran, Douira, Boufarik ou des opérations d’expulsions collectives ont été signalées.

A ce titre, note-t-elle,  « Le mode opérationnel reste souvent le même: des raids seraient effectués sur des chantiers de construction à Alger, ainsi que dans des quartiers connus pour abriter des migrants». « Certains ont également signalé avoir été arrêtés dans la rue et détenus ».

Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU rappelle que, certains «migrants ont été rapidement transférés au Niger » alors que d’autres ont été « détenus » dans des bases militaires à Blida et Zeralda,  ou
dans un camp d’Oran, dans « des conditions inhumaines et dégradantes», avant d’être transférés à Tamanrasset.

De Tamanrasset, les Nigériens sont transférés en bus à Agadez au Niger, tandis que les autres sont entassés dans de gros camions pour être transférés à la frontière nigérienne où ils sont abandonnés à leur sort. Ils auraient marché pendant des heures dans la chaleur du désert avant de franchir la frontière du Niger », explique la porte-parole.

« Ce qui est particulièrement inquiétant », c’est que la plupart des personnes à qui nous avons parlé ont déclaré qu’elles n’étaient pas soumises à des évaluations individualisées et qu’elles n’étaient pas informées des raisons de leur détention ou si elles avaient le droit de prendre leurs biens, passeports ou argent avant qu’ils ne soient détenus », a fait remarquer la porte-parole du Haut-Commissariat.

Les services du Haut-Commissaire Zeid, « redoutent que la campagne d’expulsions ne favorise une montée du racisme et de la xénophobie à l’encontre des Africains subsahariens ».

Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU rappelle aussi que
l’expulsion collective des migrants, en dehors de toute appréciation individuelle et de procédure légale, « est profondément alarmante » et contraire aux obligations de l’Algérie en vertu du droit international des droits de l’homme, notamment la Convention internationale sur la
protection des droits de tous les travailleurs migrants que l’Algérie a ratifiée.

« Selon le droit international des droits de l’homme, les migrants ne doivent pas être soumis à une arrestation ou à une détention arbitraire. Ils ne doivent pas être arbitrairement privés de leurs biens ou documents », a indiqué Ravina Shamdasani. Par conséquent, les expulsions doivent s’effectuer, dans des « conditions dignes et sûres », a-t-elle insisté.

Dans ces conditions, le Haut-Commissariat exhorte instamment Alger à mettre en œuvre les recommandations formulées par le Comité des travailleurs migrants le 24 avril dernier, et de s’abstenir de repousser des migrants à ses frontières ou de les renvoyer de force lorsque cela les exposerait au risque d’être persécutés ou soumis à la torture ou à d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradant».