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En Algérie, le taux de chômage, évalué à 11,7 % pour 2017, devrait atteindre 13,2 % en 2018, du fait d’un ralentissement de l’activité économique (0,8 % de croissance prévu en 2018), alors que le taux de chômage des jeunes s’établit à 26 % (18 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur).

C’est ce qui ressort de la Lettre de la Direction générale du Trésor du ministère français de l’Economie et des Finances de décembre 2017, portant sur le défi de la démocratie au Maghreb.

Il est indiqué notamment que le taux de chômage des femmes reste plus élevé (20 %) que celui les hommes (8,1 %). « Le marché du travail au Maghreb se caractérise par une segmentation entre un secteur formel d’une part et un secteur informel non réglementé », souligne-t-on. En Algérie, poursuit la lettre, la restructuration du secteur public marchand intervenue dans le cadre du plan d’ajustement structurel mis en place avec la Banque Mondiale et le FMI en 1994 a provoqué le licenciement de plus de 400 000 personnes, rappele-t-on.

L’excédent d’offre durable sur le marché du travail qui a suivi, ne s’est résorbé qu’au milieu de la décennie 2000, à la faveur de créations massives d’emplois non affiliés au régime de sécurité sociale. Ces évolutions ont jeté les bases de la structure du marché du travail algérien, segmenté en un marché primaire structuré, formel (emplois permanents, couverts par la sécurité sociale, soit 62 % des actifs occupés) et un marché secondaire non structuré, informel (emplois non permanents, sans contrats, non affiliés à la sécurité sociale et à faible valeur ajoutée) qui emploie 38 % des actifs occupés.

Au sujet du capital humain, la lettre fait observer qu’il y a en Algérie, un décalage entre le capital humain et les besoins du marché de l’emploi, en dépit d’importants investissements dans l’enseignement supérieur. « Bien que le nombre d’étudiants soit passé de moins de 60 000 en 1980 à plus de 1 million en 2011, la surreprésentation des inscrits en sciences sociales et humaines (près de 65 %) ne répond pas aux besoins actuels de l’économie. Une inflexion est aujourd’hui apportée par les autorités pour mettre en place des formations diplômantes plus adaptées aux nécessités du marché du travail », précise-t-on.

Pour ce qui est des flux migratoire, la lettre indique qu’en Algérie, la situation démographique actuelle, caractérisée par le fort taux de chômage des jeunes et un niveau d’instruction élevé, ne semble pas faire grimper le nombre de candidats au départ, puisque, entre 2010 et 2015, le solde migratoire est resté stable aux environs de 143 000 sorties nettes (ONU 2017).

Concernant la protection sociale, du fait de l’importance de l’emploi non affilié, indique-t-on, les administrations de sécurité sociale algériennes accusent aujourd’hui un manque à gagner significatif. « On estime ainsi que la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés (CASNOS), qui devrait théoriquement couvrir près d’un tiers des actifs occupés, ne perçoit qu’à peine 5 % des cotisations potentiellement recouvrables. En parallèle, le taux de remplacement des pensions à taux plein pour les retraités demeure élevé, à 80 % du salaire de référence (5 meilleures années) pour 32 ans de cotisation, avec taux de remplacement effectif estimé à 65 % », précise-t-on. Pour autant, la protection sociale reposant pour partie sur les solidarités intergénérationnelles, le taux de pauvreté des personnes âgées (5,6 % pour les plus de 60 ans) reste inférieur au reste de la population, à 10,1 % en moyenne.