dépense publique
Abderrahmane Benkhalfa, ancien ministre des finances

L’Express Dz : Près de 2.185 milliards de dinars de monnaie, soit l’équivalent de plus de 19 milliards de dollars américains, ont été créés par la Banque d’Algérie au 30 novembre 2017 dans le cadre du processus de « la planche à billets». Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?

M Benkhalfa : D’abord à ma connaissance et par rapport à ce qui a été rapportée par la presse, cet argent n’a pas été imprimé. Il faut comprendre le processus du financement non conventionnel. Il s’agit plutôt de l’achat par la banque d’Algérie des titres du Trésor. Il est différent d’une fabrication de billet. C’est comme si qu’une banque qui donne un crédit à une personne qu’elle lui inscrit sur le compte. Selon la loi concrètement, la Banque d’Algérie est autorisée à acheter des bons du Trésor sur le marché primaire, autrement dit à l’émission. Actuellement, la banque centrale est autorisée à acheter ces bons uniquement sur le marché secondaire (à la revente) auprès des banques commerciales et des organismes financiers. Avec cette réforme, la Banque d’Algérie va donc financer directement le Trésor public.

La Banque d’Algérie est autorisée à prêter directement au Trésor public, afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’État, de financer la dette publique interne, et d’allouer des ressources au Fonds national de l’investissement.

Comment faut-il, à votre avis, réussir l’application de ce concept ?

Le financement non conventionnel doit être «exceptionnel» et ne doit aucunement nous faire oublier les autres efforts à faire pour sortir le pays de cette situation financière complexe. Il faut que l’effort soit concentré sur les autres aspects et ne pas recourir excessivement à ce mode de financement. Attention aux méfaits d’un recours excessif à ce mode de financement.

Il faudra aussi, engager les réformes structurelles qui permettent aux banques d’intégrer les fonds qui circulent dans les circuits informels. Il faut également  élargir le champ d’intervention des banques étatiques, aujourd’hui limité dans le secteur public.

Est-ce que le recours au financement non conventionnel ne va pas impacter la valeur du dinar ?

Il est impératif de protéger le dinar, mais aussi le pouvoir d’achat, en agissant dans le sens de la maîtrise de l’inflation. Le financement non conventionnel lorsqu’il progresse en deux ou trois ans, il peut avoir des conséquences sur le niveau de vie, le pouvoir d’achat et sur la valeur du dinar, donc il doit être maîtrisé.